Des surplus à Québec, mais un ministre prudent

Le nouveau ministre québécois des Finances, Éric Girard
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le nouveau ministre québécois des Finances, Éric Girard

Les coffres du gouvernement québécois affichent un excédent budgétaire de 3 milliards pour les cinq premiers mois de l’année, mais le nouveau ministre des Finances a affirmé vendredi qu’il ne faut pas projeter cette tendance sur 12 mois.

Grâce à des revenus qui augmentent beaucoup plus vite que les dépenses, l’excédent qui s’est accumulé du mois d’avril au mois d’août 2018 est près du double de celui de 1,7 milliard observé sur la même période il y a un an.

« Il ne faut surtout pas conclure que les revenus vont soutenir le même rythme sur un horizon de 12 mois qu’ils ont connu sur les cinq premiers mois », a déclaré vendredi le nouveau ministre des Finances, Éric Girard, lors d’une conférence téléphonique avec la presse pour présenter les revenus et dépenses du Québec au 31 août.

Au cours des cinq premiers mois de l’année, les revenus du gouvernement ont augmenté de 6,6 % par rapport à l’an dernier, stimulés par un bond de plus de 7 % de ses revenus autonomes. Les dépenses ont affiché une hausse de 4,4 %, résultat d’une croissance de 5,2 % des dépenses de programmes et d’une baisse de 3,9 % du service de la dette.

« Pour les cinq premiers mois de l’année, l’économie a été plus forte, et dans la hausse de 6,6 % [des revenus], il y a certains éléments non récurrents », a affirmé le ministre Girard.

Si l’on exclut le montant versé au Fonds des générations, l’excédent sur cinq mois s’élève à 4,1 milliards, indique également le Rapport mensuel des opérations financières.

Équilibre cette année

L’économie du Québec a vécu une croissance de 1 % en 2015 et de 1,4 % en 2016. Elle a ensuite bondi à 3 % en 2017, ce qui a stimulé les revenus du gouvernement provenant de l’impôt des sociétés, et devrait atteindre 2,1 % cette année, selon le rapport préélectoral. Elle redescendra vers 1,3 % d’ici 2021.

Selon le rapport préélectoral présenté par le ministère des Finances cet été, l’année 2018-2019 devrait se terminer sur un équilibre budgétaire. Cela serait le résultat net d’un excédent de 1,85 milliard, d’un versement de 2,5 milliards au Fonds des générations et d’une ponction de 637 millions dans la réserve de stabilisation.

Le ministre a indiqué que le gouvernement de la Coalition avenir Québec présenterait une mise à jour économique « cet automne » pour présenter ses premières mesures visant à stimuler l’économie et lui permettre d’atteindre ce que le parti considère son plein potentiel, c’est-à-dire 2 %. « La mise à jour tiendra compte de l’évolution de la situation budgétaire depuis le budget de mars dernier », a dit M. Girard.

Invité à dire si les finances permettront l’annonce d’une baisse d’impôts dès la mise à jour, M. Girard a dit qu’« on a été élus avec un mandat clair, nous avons un programme, et nous avons l’intention de le mettre en place ». Quand un journaliste a insisté pour savoir si les données sur cinq mois laissent entendre que Québec a en effet les moyens de diminuer les impôts, M. Girard a répété qu’il ne fallait pas extrapoler le début de l’année sur l’entièreté de l’exercice.

Dette

Le cadre financier de la CAQ prévoit aussi une ponction unique dans le Fonds des générations pour rembourser la dette du Québec. Les libéraux comptaient piger 2 milliards par année pendant cinq ans. La CAQ a plutôt l’intention de prélever 10 milliards d’un seul coup, y voyant une façon de rembourser la dette « dans un souci de prudence après neuf années de rendements exceptionnels sur les marchés boursiers ». « Il en résultera selon lui une économie de 195 millions en frais d’intérêt en 2019-2020 et de 139 millions l’année suivante », indiquait son cadre financier publié pendant la campagne.

La valeur comptable du Fonds des générations, alimenté en partie par des redevances hydrauliques d’Hydro-Québec, était d’environ 12,8 milliards au début de l’année 2018-2019.

Dans une analyse publiée après l’élection de la CAQ, l’agence de notation torontoise DBRS a estimé que le Québec présente un « élan positif » dans ses finances publiques.