Hors Québec, les syndicats guettent aussi l’industrie du cannabis

À ce jour, Santé Canada a accordé 132 permis à des dizaines de producteurs un peu partout au pays.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne À ce jour, Santé Canada a accordé 132 permis à des dizaines de producteurs un peu partout au pays.

L’industrie du cannabis se développe de manière inégale au pays, mais les grandes centrales syndicales surveillent de près l’évolution de sa croissance à l’extérieur du Québec, tant dans la distribution que dans la production.

En Ontario, par exemple, les Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) gardent encore espoir de faire une percée chez un producteur, trois ans après un revers majeur.

« Depuis trois ans, nous menons une bataille pour syndiquer les travailleurs de MedReleaf », a indiqué jeudi Kevin Shimmin, représentant national au bureau torontois des TUAC. Les travailleurs ont voté contre la syndicalisation à l’été 2015. Après une requête des TUAC à l’égard des pratiques de MedReleaf, l’affaire a connu un nouveau chapitre en décembre 2015.

« Le tribunal a fini par décider que les employés effectuent du travail qui est de nature agricole », a dit M. Shimmin. Le syndicat avait soudainement du fil à retordre : dans les faits, les règles du monde agricole en Ontario permettent l’association d’employés, mais ne forcent pas l’employeur à négocier une convention collective. « C’est encore possible », ajoute-t-il. Les TUAC reçoivent aussi des appels intéressés de l’Ouest canadien, selon lui.

À ce jour, Santé Canada a accordé 132 permis à des dizaines de producteurs un peu partout au pays. Environ la moitié des licences ont été décernées en Ontario. Le cas de MedReleaf, un producteur acquis par Aurora pour 3,2 milliards plus tôt cette année, semble être le seul effort de syndicalisation chez les entreprises.

« La vaste majorité des producteurs paient des salaires qui sont supérieurs au salaire minimum, et ils offrent des incitatifs, comme des options d’achat d’actions ou autres formules, pour faire partie de ces nouvelles équipes », a affirmé le directeur général du Conseil du cannabis canadien, Allan Rewak. « Et je dirais en tout respect qu’on a vu des efforts de syndicalisation plus faibles, chez les employés de la plupart des établissements, que ceux des industries parallèles. » Cela changera un jour, a-t-il dit.

Invité à fournir des détails sur les salaires moyens, M. Rewak a dit que l’industrie a tenté de colliger ces données au début, mais que la tâche est devenue ardue en raison de la croissance rapide. « Nous allons analyser le marché de l’emploi et travailler avec divers fournisseurs pour brosser un portrait global des salaires moyens. »

Au Nouveau-Brunswick, où des points de vente gérés par le gouvernement ont ouvert leurs portes dès la légalisation, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) tente de convaincre les employés de se joindre à lui. La vingtaine de succursales regroupe un peu moins de 300 employés.

« Malgré de bonnes perspectives de développement, la société d’État ne semble pas prête à s’engager à faire de ces emplois des postes stables et rémunérés à la hauteur des projections de l’industrie », indique la centrale sur son site Internet, qui semble avoir été lancé dans les dernières heures. « Au SCFP, nous jugeons cette situation inacceptable et nous voulons aider le personnel de Cannabis NB à obtenir des conditions de travail adéquates. »