Malgré la frénésie, le cannabis demeure un placement spéculatif

Jusqu’ici, 132 permis ont été délivrés par Santé Canada, des licences que se partagent 120 sociétés. Le Québec compte une dizaine de producteurs.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Jusqu’ici, 132 permis ont été délivrés par Santé Canada, des licences que se partagent 120 sociétés. Le Québec compte une dizaine de producteurs.

Malgré le potentiel de croissance du marché nouvellement légalisé, les producteurs de cannabis canadiens seront nombreux à mordre la poussière, estime l’agence de notation DBRS dans une première analyse du secteur.

Près d’une semaine après l’ouverture des succursales et des sites transactionnels, les titres des entreprises ont poursuivi la chute qu’ils ont entamée la semaine dernière, un recul généralisé de 15 % dans certains cas qui a fait disparaître lundi des centaines de millions en valeur boursière.

« Au départ, DBRS croit que les plus grands producteurs de l’industrie montrent des caractéristiques rappelant celles des cotes plus faibles et spéculatives », a écrit l’agence de notation torontoise. Selon elle, l’industrie est encore relativement petite, les données historiques sont minces et limitées au cannabis médical, et le secteur sera soumis à de multiples variables, comme la concurrence et la réglementation.

Cela dit, le profil de risque de l’industrie « pourrait s’améliorer de façon significative et rapide au fur et à mesure que les sociétés s’installent, que les données deviennent disponibles et que le comportement des consommateurs, des concurrents et des autorités est mieux connu ». « Même si le développement du secteur pourrait bénéficier à tous les producteurs autorisés, tous n’afficheront pas la même performance et plusieurs vont échouer », a ajouté DBRS.

Jusqu’ici, 132 permis ont été délivrés par Santé Canada, des licences que se partagent 120 sociétés. Le Québec compte une dizaine de producteurs, dont Hexo à Gatineau et Aurora à Pointe-Claire. Certaines entreprises ne possèdent pour l’instant qu’un permis de culture, le permis de vente étant un document distinct. Selon DBRS, le marché dans son ensemble vaudra annuellement entre 4 et 6 milliards, une prévision qui repose sur une demande estimée à 900 tonnes métriques par année, de même qu’un prix de 5 $ le gramme.

Chargée de suivre l’évolution des prix depuis le début de l’année, Statistique Canada a déjà essayé d’estimer la quantité de cannabis consommé dans le marché illégal. En 2015, elle aurait pu atteindre 698 tonnes, selon une étude publiée par l’agence fédérale l’an dernier.

Chute libre

Malgré la forte hausse du cours des actions depuis l’an dernier, de nombreux experts et gestionnaires de portefeuille soulignent que les producteurs n’affichent pas encore de bénéfices, ce qui les empêche de recommander le secteur comme occasion d’investissement potentiel. Après une embellie qui a commencé cet été, les actions des producteurs se dirigeaient vers la somme qu’elles ont connue à l’hiver 2018. Cependant, elles ont piqué du nez dès le 16 octobre, à 24 heures de l’entrée en vigueur de la loi légalisant l’usage récréatif.

15 %
C’est le recul généralisé des titres de certaines entreprises, qui a fait disparaître lundi des centaines de millions en valeur boursière.

Le producteur gatinois Hexo, plus grand fournisseur de la Société québécoise du cannabis (SQDC), a perdu 13 % de sa valeur boursière lundi, son titre s’installant à 5,82 $. Il a fondu de 35 % depuis le 15 octobre, mais se trouve encore bien au-delà des 2 $ qu’il affichait il y a un an. Tous les autres grands producteurs ont terminé la journée dans le rouge : Tilray (-16 %), Aphria (-14 %), Aurora (-12 %) et Canopy (-11 %).

L’Autorité des marchés financiers du Québec a récemment publié une mise en garde à l’intention des investisseurs pour souligner l’incertitude inhérente à l’émergence légale d’un secteur qui fonctionnait jusqu’ici dans l’illégalité et dans le créneau très pointu du cannabis à des fins médicales.

« L’industrie du cannabis est récente et pourrait considérablement évoluer au cours des prochaines années, indique le site Internet de l’AMF. Il n’est donc pas certain que toutes les entreprises qui oeuvrent dans ce secteur seront rentables. Certaines tireront leur épingle du jeu, et d’autres fermeront. »

Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières, qui regroupent les gendarmes boursiers, ont ajouté que les entreprises pourraient faire preuve d’un peu plus de transparence dans les informations qu’elles mettent à la disposition du public investisseur.