Les versions se font contradictoires sur la levée des tarifs américains

Vendredi, Ottawa a octroyé une première subvention à l’industrie de 49,9 millions qui ira au géant de l’acier ArcelorMittal.
Photo: Cole Burston/Getty Images/Agence France-Presse Vendredi, Ottawa a octroyé une première subvention à l’industrie de 49,9 millions qui ira au géant de l’acier ArcelorMittal.

Les versions divergent sur la nature de l’entente qui pourrait ressortir des négociations en cours entre le Canada et les États-Unis devant mener à la lever des tarifs douaniers américains dans l’acier et l’aluminium.

Ottawa se serait montré prêt à accepter l’imposition par les États-Unis de quotas d’exportation vers les États-Unis en échange de la levée par le gouvernement Trump de ses tarifs de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, a rapporté vendredi le Globe and Mail citant cinq sources au fait des discussions, mais ayant requis l’anonymat. Les négociations, qui auraient amené la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, à recevoir chez elle, dans sa maison de Toronto, la semaine dernière, le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, pour un repas en famille autour d’un rosbif, viseraient à conclure une entente avant la signature officielle du nouvel Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) à la fin du mois de novembre.

L’idée que les tarifs américains soient remplacés par un système de quotas a toutefois été qualifiée de ridicule vendredi par une sixième source anonyme proche des négociations elle aussi, mais citée, celle-là, par La Presse canadienne. Il s’agirait, selon cet autre informateur, d’une concession que le Canada n’est pas disposé à faire.

Le président Donald Trump n’avait pas caché, lors de l’annonce de la conclusion de l’AEUMC, au début du mois, sa préférence pour un système de quotas.

Interrogé sur la question lors de son passage devant un comité parlementaire mardi, le ministre canadien des Finances, Bill Morneau, a refusé de commenter la nature de l’entente qui pourrait émerger des tractations, tout en se disant « prudemment optimiste ».

Le ministre a été soumis pour l’occasion à un barrage de questions et de critiques sur les mesures mises en place par son gouvernement pour venir en aide aux entreprises et aux travailleurs canadiens directement touchés par les tarifs américains et les représailles canadiennes. Rappelant que jusqu’à 2 milliards d’aide ont été offerts par Ottawa, il a rapporté que 199 entreprises ont obtenu au total 130 millions en garanties de prêt, jusqu’à présent, et que 50 entreprises s’étaient vu accorder le droit d’être exemptées des représailles exercées par le Canada contre des importations américaines sur les 150 qui en avaient fait la demande.

Vendredi, Ottawa a aussi octroyé une première subvention à l’industrie de 49,9 millions qui ira au géant de l’acier ArcelorMittal. Une semaine auparavant, il avait annoncé l’imposition pendant au moins 200 jours d’une surtaxe de 25 % sur l’importation de certains produits d’acier étrangers comme mesure de sauvegarde contre la menace de dumping d’autres pays.

Appel à l’aide

Mardi, les représentants de l’opposition au comité parlementaire sur le commerce international en avaient contre la lenteur, la complexité et le caractère souvent inadéquat, selon eux, de l’aide offerte par le gouvernement libéral. Plus tôt dans la journée, ils avaient par exemple entendu le représentant d’une PME du Saguenay–Lac-Saint-Jean spécialisée dans la fabrication et l’assemblage de grands équipements en acier, leur expliquer la difficulté de seulement faire la preuve des dommages attribuables aux tarifs américains, même si les prix au Canada ont doublé, d’une moyenne de 40 ¢ à 60 ¢ la livre à plus d’un dollar.

C’est que les producteurs d’acier canadiens ne veulent pas dévoiler leur structure de coûts pour des raisons concurrentielles, a expliqué Evans Thibeault du Groupe LAR, et que ce ne sont pas directement les tarifs américains, mais la simple logique de marché qui amène les producteurs étrangers à profiter de l’occasion pour majorer leurs prix. Et puis, il n’y a pas que les prix. Certains types d’acier ne sont tout simplement plus disponibles ou ne peuvent être livrés avant des mois. « On n’aura plus le choix, à un moment donné, de se demander s’il ne faudra pas aller s’installer ailleurs », a observé le dirigeant de l’entreprise de 250 employés.

Avec La Presse canadienne