La CSN souhaite syndiquer toutes les succursales de la SQDC

La CSN a annoncé vendredi le dépôt d’une requête en accréditation qui couvrirait d’un seul coup l’ensemble des magasins de la SQDC au Québec.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La CSN a annoncé vendredi le dépôt d’une requête en accréditation qui couvrirait d’un seul coup l’ensemble des magasins de la SQDC au Québec.

Déployés en bordure de rue et dans les stationnements, les efforts visant à syndiquer les nouveaux employés de la Société québécoise du cannabis (SQDC) se déplacent maintenant vers le Tribunal administratif du travail, qui doit analyser les requêtes de deux syndicats se disant chacun le mieux placé pour représenter le personnel.

Après les demandes déposées pour quatre succursales par les Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), la CSN a annoncé vendredi le dépôt d’une requête en accréditation qui couvrirait d’un seul coup l’ensemble des magasins au Québec.

Le geste, qui vise « tous les salariés travaillant en succursale », veut donner au personnel un rapport de force « au niveau national » avec « une seule et unique convention collective avec un même employeur », a indiqué la centrale, qui représente 5500 travailleurs de la Société des alcools du Québec.

Trois grands syndicats se sont disputé la faveur des quelque 300 employés de la SQDC, les autres étant le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et les Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC). Les magasins de la SQDC visés par les quatre requêtes des TUAC sont ceux de la rue Saint-Hubert, à Montréal, de Rimouski, de Sainte-Foy et de Mirabel.

« On verra comment le Tribunal administratif du travail [TAT] va trancher l’affaire, a dit en entrevue le président de la CSN, Jacques Létourneau. Il y aura des représentations qui seront faites par nos gens. »

« On savait qu’il y avait d’autres organisations syndicales dans le décor, notamment le SCFP. Je vous avoue qu’on a été quand même étonnés de la stratégie succursale par succursale. Ça ne fait pas tellement de sens. Mais les TUAC sont très présents dans le secteur de l’alimentation et ils déposent leursrequêtes magasin par magasin », a ajouté M. Létourneau.

Le dépôt d’une requête en accréditation a lieu lorsqu’un syndicat a l’assurance d’avoir récolté, par signature de cartes auprès des individus, l’appui d’au moins la moitié des travailleurs visés. Le Code du travail prévient toutefois que le dépôt d’une requête rend « irrecevables » les requêtes déposées par la suite qui viseraient les mêmes employés.

Les 5500 membres du Syndicat des employés de magasins et de bureaux (SEMB-SAQ) représentés par la CSN se sont joints à la centrale lors de la grève de plusieurs mois survenue en 2004-2005.

Réactions

La SQDC a ouvert 12 succursales et un site Internet transactionnel, lesquels ont été pris d’assaut dès l’entrée en vigueur de la loi sur la légalisation du cannabis à des fins récréatives. D’autres magasins sont prévus, mais les changements de réglementation envisagés par la Coalition avenir Québec ont forcé la société d’État à revoir le rythme de sa croissance.

« La CSN prétend qu’elle détient une majorité dans l’ensemble des succursales, ce dont je doute fort. Mes recruteurs sont sur le terrain, et ils ne sentent pas du tout qu’elle a une majorité », a dit le président des TUAC au Québec, Tony Filato. « Ça se pourrait qu’ils aient toutefois fait signer certaines succursales. »

La CSN a déposé des requêtes auprès du TAT, a indiqué une porte-parole du Tribunal, Josée Lagacé, sans toutefois préciser le nombre.

« Les requêtes déposées par les TUAC pour les quatre magasins font en sorte que la requête de la CSN est irrecevable pour ces mêmes magasins », a dit Gilles Trudeau, professeur de droit du travail à l’Université de Montréal. « Elle va devoir la modifier pour n’inclure que les huit autres. Mais comment l’employeur va réagir à ça ? On ne le sait pas. » Il n’est pas impossible que la SQDC fasse valoir qu’elle ne veut qu’un seul syndicat pour l’ensemble du réseau, a-t-il précisé, et le TAT aurait alors à prendre une décision.

Syndiquer la restauration rapide

L’annonce de la CSN concernant la SQDC a coïncidé avec une nouvelle offensive dans un autre secteur, celui de la restauration rapide. La centrale a révélé que les employés d’un Burger King à Granby ont été accrédités en février 2018 et qu’ils négocient actuellement une convention collective.

La restauration rapide est un secteur caractérisé par un fort roulement de personnel, ce qui peut présenter un niveau de difficulté additionnel, selon ce qu’avait reconnu M. Létourneau lui-même lors d’une entrevue au Devoir en 2013. Les efforts visant à syndiquer des McDonald’s à la fin des années 1990 et au début des années 2000 ont tous échoué après un certain temps.