Le marché donne raison à Trump

Encore mardi, le président américain s’est offert une autre critique bien ressentie à l’endroit de la Réserve fédérale, disant qu’elle était sa « principale menace […] parce que la Fed augmente les taux trop rapidement et qu’elle est trop indépendante ».
Photo: Evan Vucci Associated Press Encore mardi, le président américain s’est offert une autre critique bien ressentie à l’endroit de la Réserve fédérale, disant qu’elle était sa « principale menace […] parce que la Fed augmente les taux trop rapidement et qu’elle est trop indépendante ».

Le marché donne, pour l’instant, raison à Donald Trump dans cette partie de bras de fer entre le président et la Réserve fédérale américaine (Fed). L’appui ne s’inscrit pas en soutien aux attaques frontales répétées du locataire de la Maison-Blanche, mais bien sur la précipitation de la banque centrale à hausser ses taux.

Encore mardi, le président américain s’est offert une autre critique bien ressentie à l’endroit de la Fed, disant qu’elle était sa « principale menace […] parce que la Fed augmente les taux trop rapidement et qu’elle est trop indépendante ». Quant au président de la Fed, Jerome Powell, pourtant le candidat de premier choix de Donald Trump, « je ne suis pas content de ce qu’il fait », a martelé ce dernier.

La Réserve fédérale en est à trois hausses cette année, quatre avec celle attendue en décembre, et huit depuis la fin de la politique du taux zéro. L’institution avait annoncé son retour à la normalisation en septembre 2014. Elle venait alors de mettre fin à son troisième programme d’assouplissement quantitatif (QE) exceptionnel. Puis, en décembre 2015, elle officialisait son retour à l’orthodoxie monétaire avec une hausse symbolique mais bien ressentie de 25 points de son taux cible, une première en près d’une décennie. En juillet 2017, la banque centrale disait vouloir entreprendre rapidement le dégonflement de son bilan.

Tout cela se voulait justifié, ne serait-ce que pour profiter de la vigueur de l’activité économique pour se donner une marge de manoeuvre en cas d’un prochain revers conjoncturel. Et d’endiguer tout risque de surchauffe et de dérapage inflationniste d’une économie surstimulée. Mais les participants au marché sourcillent depuis peu au ton employé. On pense aux commentaires du président de la Fed estimant que la banque centrale était « encore très loin du taux neutre » auquel elle aspire. Et au retrait du caractère « accommodant » associé jusque-là à sa politique monétaire. Il est craint que la « hausse progressive » puisse s’accélérer, voire devenir restrictive.

Pour 2019, le compte rendu de la réunion des 25 et 26 septembre montre d’ailleurs une hésitation parmi les membres du comité monétaire et une division sur l’ampleur des hausses de taux à réaliser l’an prochain. Certains estiment qu’il faudra que le loyer de l’argent soit relevé suffisamment pour freiner modérément la croissance économique.

Attaques malhabiles

Les attaques ciblant l’indépendance de la plus puissante banque centrale de la planète sont évidemment malhabiles et inappropriées venant de la bouche ou du tweet du président des États-Unis. Mais sur le fond, voire sur la précipitation de l’action de la Fed, les accusations de Donald Trump trouvent un écho parmi les analystes. Les pressions inflationnistes sont bien réelles, mais l’inflation ne montre toujours pas de signes de dérapage. Tel que mesuré par l’indice des prix à la consommation, l’augmentation revenait à 2,28 % en rythme annuel en septembre, soit le même niveau qu’en septembre 2017. Hormis les composants volatils de l’énergie et de l’alimentation, le taux se situe à 2,2 %.

Les anticipations d’inflation de la banque centrale ne résonnent donc toujours pas sur le marché obligataire. Certes, les pressions à la hausse sur les salaires et sur les coûts de production, l’influence aussi de la remontée des cours pétroliers, sont bien palpables, mais, dit-on, ces tensions ne se répercutent pas sur les prix, les entreprises hésitant à refiler le tout au dernier maillon de la chaîne. L’impact du commerce électronique, de l’automatisation et de la dématérialisation de l’économie produit ses effets. On dénonce également les retombées d’une remontée des taux directeurs, même graduelle, sur le dollar américain et sur le niveau de liquidités, devenu plus resserré dans le marché, pénalisant les pays émergents ayant une dette fortement libellée en billets verts.

Mais la Fed met tous ces analystes en face des déséquilibres devenus plus structurels et renvoie Donald Trump à ses mesures. Évoquant les risques possibles pour l’économie, le rapport du comité monétaire cite les turbulences financières de « quelques » pays émergents qui pourraient « poser des risques additionnels si ces difficultés se répandaient dans l’économie mondiale ». Les participants ont aussi réitéré « les incertitudes » que provoquent les tensions commerciales et souligné la divergence de croissance qui existe entre les États-Unis et le reste du monde, « ce qui a le potentiel de renforcer le dollar », peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

On en revient à une histoire d’œuf ou de poule.