L’extrême pauvreté recule dans le monde

Une jeune fille à Manille, aux Philippines. Le progrès contre la pauvreté a été particulièrement spectaculaire en Asie de l’Est, rapporte la Banque mondiale.
Photo: Noel Celis Agence France-Presse Une jeune fille à Manille, aux Philippines. Le progrès contre la pauvreté a été particulièrement spectaculaire en Asie de l’Est, rapporte la Banque mondiale.

La lutte contre la pauvreté progresse dans le monde, à la faveur notamment de l’extraordinaire ascension économique de l’Asie, rapporte la Banque mondiale. Mais comme la cible à atteindre ne cesse de reculer avec le développement économique et que le problème dépasse la simple question des revenus, l’affaire s’avère encore loin d’être réglée.

La proportion d’humains sous le seuil de l’extrême pauvreté, établi à moins de 1,90 $US par jour à parité de pouvoir d’achat, poursuit son recul, constate l’organisation internationale basée à Washington dans son rapport annuel sur le sujet dévoilé mercredi. De près de 36 % pour 1,9 milliard de personnes en 1990, cette moyenne avait baissé à près de 21 % en 2005 et n’était plus qu’à 10 % en 2015, pour un total de quand même 736 millions de personnes.

Le progrès a été particulièrement spectaculaire en Asie de l’Est (Chine, Indonésie, Vietnam…), où cette proportion a chuté de 62 %, ou 990 millions de personnes, en 1990, à seulement 2,3 % et 47 millions de personnes en 2015. Les pays d’Asie du Sud (Inde, Bangladesh, Pakistan…) ont aussi bien fait, passant en 25 ans d’une estimation de 47 % ou 536 millions de personnes à 12 % ou 216 millions de personnes. L’Amérique latine (de 14 % à 4 %) et l’Afrique subsaharienne (de 54 % à 41 %) ont aussi fait des progrès, mais dans ce dernier cas, comme la population a aussi beaucoup grossi dans l’intervalle, la population totale de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a quand même augmenté, passant de 278 millions à 413 millions.

Bien qu’en train de ralentir, ces avancées nous rapprochent de l’un des grands objectifs des Nations unies, qui est d’effacer l’extrême pauvreté — longtemps fixée à 1 $ par jour — de la surface de la Terre d’ici 2030, s’est réjoui dans un communiqué le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim. « Dans le même temps, il est utile d’avoir une vision plus globale de la pauvreté, à différents degrés et dans différentes dimensions de par le monde. »

C’est qu’avec le développement économique, le seuil des besoins absolument élémentaires pour se sortir de la « pauvreté sociale » doit être corrigé à la hausse, observent les auteurs du rapport. « Par exemple, pour avoir un emploi dans un pays pauvre, il suffira peut-être de pouvoir se nourrir et se vêtir, alors que dans un pays plus riche, il sera peut-être également nécessaire de disposer d’un accès à Internet, d’un véhicule et d’un téléphone portable. » On estime ainsi que le seuil de pauvreté sociale devrait plutôt être placé à 5,50 $ dans les pays à revenu intermédiaire les plus riches, un seuil qu’un peu plus de la moitié de la population mondiale atteint pour le moment, contre près des deux tiers des Est-Asiatiques, mais moins de 20 % des populations sud-asiatiques et subsahariennes.

La Banque mondiale constate que c’est aussi en Asie de l’Est que les revenus des plus pauvres ont le plus augmenté de 2010 à 2015 en comparaison de l’ensemble de la population, à raison, par exemple, de 9,1 % par année en Chine pour les 40 % des plus pauvres contre une hausse moyenne de 7,4 % dans le pays.

Essentiellement consacré aux cas des pays en développement, le rapport de la Banque mondiale permet néanmoins de constater que le Canada suivait une tendance inverse durant la courte période allant de 2013 à 2015, avec un recul annuel de 0,24 % pour les 40 % des plus pauvres, contre une moyenne canadienne en hausse de 0,83 %. « Depuis 1990, note-t-on au passage, la pauvreté sociale a reculé dans toutes les régions en développement, mais elle est restée obstinément stable dans les pays à revenu élevé. »

Il n’y a pas que les revenus qui comptent, fait-on également valoir. Il y a aussi l’accès à des services essentiels, comme l’eau potable, les égouts, l’électricité, la sécurité, l’éducation ou encore la santé. La réalité, à ce chapitre, reste difficile à mesurer et se révèle bien inégale entre les régions du monde. Tout comme est important et difficile à mesurer le poids de la pauvreté qui pèse souvent plus lourdement sur les épaules des femmes et des enfants à l’intérieur même des familles.