Uber espère réaliser la plus grosse entrée en Bourse

Au dernier comptage en septembre, Uber était valorisé à 72 milliards, après un investissement de 500 millions du constructeur japonais Toyota.
Photo: Seth Wenig Associated Press Au dernier comptage en septembre, Uber était valorisé à 72 milliards, après un investissement de 500 millions du constructeur japonais Toyota.

Uber peine à redorer une image ternie par les controverses et perd des sommes astronomiques. Pourtant, le groupe américain espère bien réaliser l’an prochain la plus grosse entrée en Bourse du secteur technologique, à plus de 100 milliards de dollars.

Cette opération très attendue, évoquée par le patron Dara Khosrowshahi dès son arrivée fin août 2017, pourrait même se faire au premier semestre de l’année prochaine, plus tôt que prévu, d’après des sources proches du dossier, selon lesquelles les investisseurs se bousculent au portillon.

Les banques d’affaires Goldman Sachs et Morgan Stanley, pressenties pour être les principales conseillères d’Uber dans cette opération, ont présenté au service de réservation de voitures avec chauffeur des propositions de valorisation, dont l’une des plus optimistes évoque 120 milliards de dollars de capitalisation boursière, affirme de son côté le Wall Street Journal. Contactés par l’AFP, Uber, Goldman Sachs et Morgan Stanley n’ont pas souhaité faire de commentaire.

À plus de 100 milliards, le groupe basé à San Francisco ferait l’objet de la plus grosse introduction en Bourse jamais enregistrée dans le secteur technologique. Et Uber vaudrait autant que General Motors, Ford et Fiat Chrysler Automobiles N.V., soit les trois premiers constructeurs automobiles américains, combinés.

Au dernier comptage en septembre, Uber était valorisé à 72 milliards, après un investissement de 500 millions du constructeur japonais Toyota.

Une entrée en Bourse d’une telle ampleur refléterait la confiance des investisseurs pour Dara Khosrowshahi, nommé pour succéder au sulfureux fondateur Travis Kalanick, poussé vers la sortie par des investisseurs puissants et inquiets des scandales. Sur sa feuille de route : redorer l’image d’Uber et assainir les finances d’un groupe qui a encore perdu 891 millions au deuxième trimestre.

Malgré ces pertes, le groupe a des atouts susceptibles d’attirer les investisseurs, en particulier une activité en plein boom : le chiffre d’affaires du deuxième trimestre a flambé de 63 %, à 2,8 milliards, tandis que les réservations, qui mesurent la demande, se sont envolées de 41 %, à 12 milliards. De façon générale, le secteur attire les investisseurs, car il « devrait être multiplié par huit pour atteindre 285 milliards de dollars en 2030 », estimait l’an dernier une étude de Goldman Sachs.

Autre attrait majeur : le pari de la voiture autonome, vue comme l’avenir de l’automobile, sur laquelle travaille Uber, comme pratiquement tous les grands groupes technologiques et gros constructeurs automobiles. Car selon les experts, ce sera d’abord par le biais de services de taxis et de réservation de voitures comme Uber que le grand public aura accès aux véhicules sans conducteur. Or, ce qui coûte cher, actuellement, ce sont précisément les chauffeurs…

Mais c’est aussi un pari risqué en ce qui concerne Uber, car sa division voiture autonome tourne au ralenti depuis un accident mortel en mars en Arizona. Dara Khosrowshahi a encore du pain sur la planche, pour régler notamment des conflits récurrents avec les régulateurs des transports de plusieurs pays, et Uber fait l’objet d’enquêtes aux États-Unis sur des soupçons de corruption de responsables étrangers, d’utilisation de logiciels illégaux ou encore d’accusations de discriminations salariales fondées sur le sexe.

Selon le Wall Street Journal, le principal concurrent d’Uber en Amérique du Nord, Lyft, prépare également une entrée en Bourse pour 2019, mais de plus petite ampleur, le groupe étant valorisé aux alentours de 15 milliards.