Nouvelle séance éprouvante à Wall Street après des attaques de Trump

Le Dow Jones a cédé, jeudi, 2,1%, à 25 052,83 points, au plus bas depuis le 23 juillet.
Photo: Drew Angerer Getty Images Agence France-Presse Le Dow Jones a cédé, jeudi, 2,1%, à 25 052,83 points, au plus bas depuis le 23 juillet.

Wall Street a connu une nouvelle séance agitée et volatile jeudi, alors que de virulentes critiques du président américain, Donald Trump, sur les hausses de taux de la banque centrale (Fed) ont ravivé les inquiétudes sur les conséquences de cette politique sur la croissance.

Selon les résultats définitifs à la clôture, l’indice vedette de la place new-yorkaise, le Dow Jones, a cédé 2,1 %, à 25 052,83 points, au plus bas depuis le 23 juillet. Le Nasdaq, à forte coloration technologique, a perdu 1,3 %, à 7329,06 points, au plus bas depuis le 8 mai. L’indice élargi S&P 500 a cédé 2,1 %, à 2728,37 points, son point le plus bas depuis le 3 juillet. Signe du vent d’inquiétude qui a saisi les investisseurs jeudi, l’indice mesurant la volatilité des marchés (VIX) a atteint un plus haut depuis février, une période où les indices boursiers avaient connu plusieurs séances de chute brutale.

La Bourse de Toronto a touché jeudi son plus bas niveau en six mois, alors que les marchés nord-américains réalisaient un nouveau plongeon. L’indice composé S&P/TSX du parquet torontois a reculé de 200,27 points, ou de 1,3 %, pour terminer les échanges à 15 317,13 points, au lendemain d’une chute de plus de 330 points.

La chute des indices a été le fruit de plusieurs facteurs, selon Nate Thooft, de Manulife AM, allant de la « hausse des taux d’intérêt de la Fed aux craintes de mauvaises nouvelles durant la saison des résultats qui s’ouvre, en passant par des données économiques décevantes à l’étranger, principalement en Chine ».

Le débat sur la politique de hausse de taux de la Fed est brusquement revenu sur le devant de la scène jeudi après que Donald Trump a jugé qu’elle était « trop agressive », « en roue libre » et constituait une « grosse erreur ». Le président a été piqué au vif par la baisse de la Bourse survenue mercredi, d’autant plus qu’il a fait des records successifs battus par Wall Street depuis son élection, le baromètre du succès de sa politique économique. Et à moins d’un mois des législatives de mi-mandat, une chute durable du prix des actions serait du plus mauvais effet pour le président et son Parti républicain, qui ont fait de l’économie florissante leur principal argument de campagne.

Nombre d’Américains ont investi en Bourse, ne serait-ce que pour leur retraite, et toute chute des prix a un effet négatif sur le moral des ménages.

Contrairement à la tradition de réserve en public adoptée par la plupart de ses prédécesseurs, M. Trump n’hésite pas à tancer publiquement la Fed. « Ils resserrent tellement [les taux] ! Je crois que la Fed est tombée sur la tête », a-t-il déploré mercredi soir. Jeudi, il est revenu à la charge à plusieurs reprises. Tôt le matin lors de son émission matinale préférée, Fox and Friends, il a souhaité « que la Fed soit moins agressive parce que je pense qu’ils font une grosse erreur ».

Difficile toutefois de trouver des économistes pour emboîter le pas au président alors que, à 2,25 %, les taux de la Fed sont encore en dessous de l’inflation. « La Fed est accusée de tous les maux, mais la vérité est que nous sommes toujours dans un environnement très favorable » en matière de taux, a affirmé Sam Stovall, de CFRA. Selon lui, la glissade des indices s’explique davantage par le fait que « les investisseurs semblent surtout penser que les indices sont allés trop haut, ils remettent donc les pendules à l’heure ».

Toujours est-il que la perspective de hausses de taux de la Fed pèse sur le marché obligataire américain, où le taux d’emprunt à 10 ans évoluait jeudi bien au-dessus de la barre des 3 %, à 3,145 %, proche de ses plus hauts depuis sept ans, et celui à 30 ans à 3,32 %.