En manque de leadership climatique

Une Bangladaise assise sur les ruines de sa maison, sur les rives du fleuve Padma à environ 40 km de la capitale, Dacca. Le mois dernier, plusieurs habitations, entreprises, écoles, mosquées et autres bâtiments ont été détruits par la forte érosion des terres dans ce secteur.
Photo: Munir Uz Zaman Agence France-Presse Une Bangladaise assise sur les ruines de sa maison, sur les rives du fleuve Padma à environ 40 km de la capitale, Dacca. Le mois dernier, plusieurs habitations, entreprises, écoles, mosquées et autres bâtiments ont été détruits par la forte érosion des terres dans ce secteur.

Selon le GIEC, les décideurs disposent de toutes les informations dont ils ont besoin « pour prendre des décisions qui s’attaqueront aux changements climatiques ». Mais que feront ceux dont la portée du radar se restreint au prochain rendez-vous électoral et qui se retrouvent avec une population conditionnant leur appui à l’impact sur leur portefeuille ?

Le rapport 2018 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat n’apporte que du connu. Mais l’intention est sans équivoque. « Nous avons remis le message aux gouvernements, nous leur avons donné les preuves, à eux de voir. » Mais encore ? Vingt-cinq ans après la publication du premier rapport, l’exercice du GIEC a mené à une COP21 aux cibles peu crédibles et aux efforts trop timorés. Un Accord de Paris aujourd’hui stérilisé par le désistement du deuxième pollueur de la planète, englué dans le déni de l’anthropocène.

On le sait. À peine conclu, il était déjà estimé que l’Accord de Paris ferait monter le mercure de plus de 3 °C en 2100. Soit très loin de la volonté des signataires de contenir le réchauffement sous les 2 °C — idéalement à 1,5 °C — depuis l’ère préindustrielle. Les engagements de l’Accord couvraient à peine un tiers des réductions nécessaires pour éviter le point de basculement, décriait-on, soulignant que le rythme actuel de décarbonisation devrait plutôt être multiplié par six. Tout en pointant tous ces déséquilibres déjà palpables avec une hausse moyenne des températures de 1 °C.

À une concentration déjà record de CO2 dans l’atmosphère s’ajouteront au calcul les émissions de méthane, un GES beaucoup plus réchauffant, qui ne cessent de croître, a-t-il déjà été écrit. Déjà, en marge de l’Accord de Paris, le Climate Challenge soulignait que le seuil critique de concentration de CO2 est dépassé depuis 1988. Que nous étions à 87 % du niveau de concentration risquant de provoquer la « rétroaction positive » appréhendée. Et les experts de reconnaître, dans la foulée, que leur modélisation est vite dépassée par la rapidité des changements mesurés. Que l’évolution et l’impact de l’acidification des océans sont encore sous-estimés.

Le GIEC a beau interpeller le leadership des décideurs, l’action politique souhaitée se heurte au diktat du court terme. Et le vote populaire soutenant ici et là la montée de la droite vient nourrir une intervention de façade. L’illustration canadienne peut servir de référence. Un sondage Angus Reed publié en juillet 2017 portait sur l’appui des Canadiens à la taxe carbone proposée par Ottawa. Partant d’un sommet de 56 % en avril 2015, cet appui est tombé à 44 % en juin 2017. Même en Colombie-Britannique, qui avait adopté la tarification carbone en 2008, la population était divisée 50-50. Le Québec, avec sa Bourse du carbone, devenait la seule province majoritaire sur cette question, mais l’appui est passé de 68 à 55 % entre 2015 et 2018.

Selon un chercheur d’Angus Reed, il faudrait associer ce refroidissement à des considérations économiques immédiates. Les particuliers venaient de recevoir du fédéral l’impact chiffré de la tarification du carbone sur leur portefeuille et leur budget. Sur la facture d’essence, de chauffage au gaz… Aussi, ils craignaient une perte de concurrence transfrontalière, anticipant des déplacements des entreprises aux États-Unis.

Wall Street chute

Cette insécurité n’est pas sur le point de s’estomper. L’Indice d’accessibilité financière du syndic BDO Canada, publié mercredi, révèle que « trois Canadiens sur dix n’ont pas assez d’argent pour acheter ce dont ils ont besoin ». Que 74 % des répondants vivent sous le poids de la dette, le quart parlant d’un niveau de dette personnelle accablant. Ce sondage en ligne d’Ipsos mené auprès d’un échantillon de 2000 Canadiens âgés de 18 ans comporte une marge d’erreur de plus ou moins 2,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

À l’échelle internationale, sur le plan économique, il ne se passe plus une journée sans qu’un rapport évoque la pression exercée par la guerre commerciale sino-américaine sur la croissance mondiale. Ou prédit un lendemain de veille douloureux aux États-Unis une fois mesuré l’effet de rétroaction des tarifs douaniers et estompé l’apport de la surstimulation fiscale et budgétaire de Washington.

Wall Street en émet déjà les premiers signaux. L’accélération de la chute des cours mercredi s’est nourrie de la crainte de voir la Réserve fédérale américaine commander une hausse plus musclée de ses taux directeurs afin d’empêcher un dérapage inflationniste que pourrait provoquer la surchauffe de l’économie américaine.