Lockout chez ABI: les Métallos s’en prennent au travail de la direction

Le lockout, qui a commencé le 11 janvier 2018, touche 1030 travailleurs syndiqués.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le lockout, qui a commencé le 11 janvier 2018, touche 1030 travailleurs syndiqués.

Quatre jours après le constat d’impasse fait par le médiateur spécial, le Syndicat des Métallos affirme que l’Aluminerie de Bécancour (ABI) a été incapable d’obtenir de bons tarifs d’électricité et que les travailleurs n’ont pas à faire les frais de cette « incompétence ».

En conférence de presse pour la première fois depuis les observations publiées vendredi par le médiateur spécial, Lucien Bouchard, les représentants syndicaux ont également reproché à ABI d’avoir demandé de nouvelles concessions.

Selon le président de la section locale 9700, Clément Masse, les dirigeants auraient « renié leur signature sur des points qui étaient réglés » et déposé de « nouvelles demandes de concessions sur nos conditions de travail, ce qui est inacceptable dans le cadre d’une demande de règlement ».

Le lockout, qui a commencé le 11 janvier, touche 1030 travailleurs syndiqués. ABI appartient à 75 % au géant américain Alcoa et à 25 % à Rio Tinto. Le conflit tourne notamment autour du régime de retraite et de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’oeuvre.

« Aujourd’hui, l’employeur arrive avec de nouvelles demandes de concessions parce qu’ils nous ont mis en lockout. Ce sont eux qui ont créé ce lockout », a ajouté M. Masse lors de la conférence de presse tenue à Trois-Rivières.

ABI fait passer sur le dos des travailleurs et de la communauté sa propre incompétence à négocier des bons d’énergie avec le gouvernement

Selon une étude du cabinet Commodities Research Unit (CRU) relayée par les Métallos, les coûts de main-d’oeuvre chez ABI sont les plus bas de toutes les installations d’Alcoa en Amérique du Nord. Le coût de main-d’oeuvre par tonne serait ainsi de 142,90 $ à Bécancour, comparativement à 145,30 $ et 157,60 $ à Deschambault et à Baie-Comeau.

Cependant, les coûts de l’énergie sont plus élevés, a dit M. Masse. À Bécancour, ils sont de 406,90 $, selon CRU, contre 325 $ et 273,40 $ à Deschambault et à Baie-Comeau.

« Ce ne sont pas les coûts de main-d’oeuvre qui posent problème, c’est le coût de l’électricité. Alcoa a eu de la difficulté à négocier son énergie. ABI fait passer sur le dos des travailleurs et de la communauté sa propre incompétence à négocier des bons d’énergie avec le gouvernement. »

Nommé par le gouvernement du Québec plus tôt cette année, Lucien Bouchard a indiqué vendredi que « plusieurs séances se sont depuis tenues à Montréal, dans le cadre d’un comité restreint formé de représentants spécifiquement mandatés par les deux parties ». Cependant, a-t-il ajouté, « le médiateur spécial, le conciliateur et les parties constatent que le contexte ne se prête pas à un retour à la table de négociation, compte tenu des positions très éloignées de l’employeur et du syndicat ».

De son côté, l’employeur a indiqué vendredi que « la direction d’ABI demeure ouverte à résoudre les enjeux du présent conflit de travail, et ce, par une entente qui améliorerait la profitabilité et la production de l’usine, afin d’assurer une viabilité à long terme et le maintien des emplois de grande qualité ».

Contactée par Le Devoir, Alcoa n’a pas souhaité réagir aux affirmations des Métallos mercredi.

Au Registre des lobbyistes du Québec, Alcoa retient présentement les services d’une personne dont le mandat consiste à discuter avec différents ministères et Hydro-Québec au sujet du « maintien d’un contexte d’affaires concurrentiel en matière énergétique ».

« Alcoa veut s’assurer que les tarifs et conditions auxquels l’électricité lui est fournie demeurent concurrentiels dans le contexte mondial des alumineries », peut-on lire. « Cela inclut notamment la négociation du bail des forces hydrauliques nécessaires à l’exploitation de la centrale McCormick, des engagements offerts par Alcoa en contrepartie de ce renouvellement et de ses nouveaux contrats d’électricité relatifs aux alumineries de Baie-Comeau, Deschambault et Bécancour et de la quantité de puissance disponible à l’aluminerie de Bécancour. »

Les derniers événements surviennent au moment où le gouvernement est en transition. La ministre du Travail, Dominique Vien, a été défaite dans sa circonscription et le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, n’a pas encore dévoilé son Conseil des ministres. M. Legault a déjà dit qu’il ferait du conflit une des priorités s’il était élu premier ministre.