Ottawa dit vouloir regagner la confiance de l’industrie laitière

Le premier ministre Justin Trudeau s’est adressé aux médias au cours d’une visite des bureaux de Films Séville jeudi, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre Justin Trudeau s’est adressé aux médias au cours d’une visite des bureaux de Films Séville jeudi, à Montréal.

Malgré une rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau, les producteurs laitiers continuent d’exprimer leur inquiétude concernant l’impact des concessions faites par Ottawa dans le cadre du nouvel accord de libre-échange avec Washington.

Devant un gouvernement fédéral qui dit vouloir offrir une compensation « juste et équitable », l’industrie laitière attend avec impatience le mécanisme qui sera mis en oeuvre afin de combler les pertes qu’ils subiront après l’entrée d’une production étrangère supplémentaire.

« Nous reconnaissons le symbole du geste posé par le premier ministre Trudeau en offrant une rencontre à notre industrie pour entendre nos préoccupations directement, ont indiqué jeudi les Producteurs laitiers du Canada dans une brève déclaration. Cependant, l’absence de détails sur des mesures pour mitiger l’impact des concessions faites dans l’accord, ainsi que l’absence d’une vision pour l’avenir de notre secteur ne peuvent apaiser les craintes des producteurs laitiers. »

Le premier ministre Trudeau a reconnu après sa rencontre matinale que les producteurs laitiers ont également donné dans les deux derniers accords commerciaux et affirmé qu’il veut travailler avec l’industrie pour regagner sa confiance.

Ottawa souhaite « dédommager de façon juste et équitable les producteurs au Québec et à travers le pays », a dit M. Trudeau, répétant ce qu’il soutient depuis la publication de l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC).

« Pendant la rencontre, j’ai fait de mon mieux pour les rassurer qu’on comprend qu’il faut une bonne compensation, et ce sont eux qui vont nous aider à savoir ce qu’est une bonne compensation », a dit M. Trudeau lors d’une conférence de presse à Montréal.

M. Trudeau n’a pas chiffré l’aide financière qui pourrait être offerte à l’industrie. Les producteurs lui ont dit qu’ils sont inquiets, a-t-il expliqué. « Je comprends aussi que ça fait plusieurs accords commerciaux où on en a demandé à notre industrie laitière. […] C’est pour ça que ce ne sont pas juste des paroles que ça prend, mais des gestes concrets. Dans les semaines et les mois à venir, on va travailler avec eux pour regagner cette confiance. »

Depuis la publication du nouvel accord de libre-échange entre Ottawa et Washington, l’industrie laitière est furieuse de voir qu’Ottawa a de nouveau offert aux étrangers une partie du marché canadien. Depuis les années 1960, le secteur est régi par un système de gestion de l’offre qui contrôle les niveaux de production et limite les importations.

Dans son ensemble, l’accord sera bon pour le commerce, a dit M. Trudeau, mais a reconnu que « les producteurs laitiers, eux, vont en souffrir un petit peu à différents niveaux ».

Lourdes pertes

Selon l’UPA, les producteurs laitiers du Canada pourraient faire face à des pertes de revenus d’environ 475 à 480 millions en raison des ouvertures des trois accords. Le secteur agricole a suggéré au premier ministre Trudeau l’idée d’un comité dont le but serait de bien comprendre l’accord et de voir « comment on peut s’adapter à cette nouvelle entente et en minimiser l’impact sur nos secteurs », a affirmé le président de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, dans une vidéo publiée sur YouTube après la rencontre.

480 millions
C'est le montant des pertes de revenus envisagées pour les producteurs laitiers du Canada en raison des ouvertures des trois accords commerciaux, d’après l’Union des producteurs agricoles

M. Groleau a notamment insisté sur le besoin d’avoir un « réel programme de compensation » afin de permettre aux producteurs d’absorber les pertes causées par l’arrivée de produits étrangers. Le programme d’aide annoncé après l’accord de libre-échange avec l’Europe (250 millions) était « inadéquat », a-t-il dit, car il visait à épauler les fermiers qui modernisent leur équipement. Cela ne veut pas dire qu’un appui à l’investissement n’est pas intéressant, selon lui.

« On a eu l’écoute du premier ministre. Il a été très attentif à tout ce qu’on lui a dit et proposé », a dit M. Groleau.