Le Fonds de solidarité FTQ vise une empreinte carbone réduite

Gaétan Morin est p.-d.g. du Fonds de solidarité FTQ depuis 2014.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Gaétan Morin est p.-d.g. du Fonds de solidarité FTQ depuis 2014.

Le Fonds de solidarité FTQ fait une avancée ambitieuse dans sa stratégie de transition énergétique juste. L’institution québécoise annonce aujourd’hui à ses actionnaires l’adoption d’un plan à quatre volets ayant pour pierre angulaire une réduction d’au moins 25 % de l’empreinte carbone de ses investissements boursiers d’ici 2025. Une cible sera également retenue pour ses placements privés.

Les gestionnaires sont nombreux à appliquer des politiques d’investissement responsable quant au défi climatique, mais peu se dotent d’une cible. « Ici, il y a la Caisse de dépôt et nous. Nous sommes une vingtaine dans le monde. » Gaétan Morin parle d’une autre belle vision, après celle ayant mené à la création du Fonds de solidarité FTQ il y a 35 ans. Le président et chef de la direction mise sur le leadership dont dispose le fonds de travailleurs pour avoir de l’influence, faire de la sensibilisation et accroître la cadence de la décarbonisation. « Nous sommes assis sur 14,3 milliards de dollars d’actif. Le Fonds se retrouve au centre des parties prenantes que sont les travailleurs, les entreprises, la communauté, les actionnaires et le gouvernement. Pour nos entreprises partenaires, nous disposons d’une proximité avec le conseil d’administration dont peu d’investisseurs bénéficient. On se doit d’utiliser cette position privilégiée au Québec. »

Nous sommes assis sur 14,3 milliards de dollars d’actif. [...] On se doit d’utiliser cette position privilégiée au Québec.

Le Fonds de solidarité est engagé dans une stratégie de transition énergétique qui l’a amené à annoncer, l’an dernier, sa sortie du secteur du charbon utilisé à des fins de production d’électricité. Puis à devenir la seule institution canadienne à faire partie d’un comité consultatif mondial sur les enjeux liés à une transition énergétique juste créé à l’initiative de la London School of Economics et de la Harvard Kennedy School.

Il franchit une autre étape avec cette annonce, faite samedi aux actionnaires réunis en assemblée générale à Québec, d’un plan à quatre volets visant à réduire l’empreinte carbone de ses investissements, à accompagner les entreprises québécoises dans la transition, à investir dans une économie faible en carbone, et à exercer un leadership en matière de transition énergétique juste.

Plus concrètement, le Fonds entend notamment :

Exclure le secteur de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures au Québec de son portefeuille ;

Réduire de 25 % d’ici 2025 l’empreinte carbone de ses investissements dans les entreprises cotées en Bourse ;

Établir une cible de réduction sur ses investissements dans les entreprises privées d’ici 2019 ;

Rendre les activités directes du Fonds carboneutre d’ici mai 2019 ;

Créer un programme de compensation volontaire pour les entreprises québécoises par l’intermédiaire de sa filiale forestière Solifor.

Gaétan Morin explique. « On exclut de l’exercice les 17 % de notre portefeuille composés d’obligations gouvernementales. Pour leur part, les sociétés inscrites en Bourse accaparent 42 % de notre portefeuille. On peut plus facilement mesurer l’empreinte carbone dans ce segment. Quant aux 41 % retenus par les entreprises privées, nous nous donnons plus de temps, question de nous assurer de la précision de la méthodologie. » Pour ce dernier segment, la comparaison ou les références sont moins évidentes. « La grille utilisée pour l’entreprise en Bourse ne s’applique pas nécessairement à l’entreprise privée. Aussi, l’entreprise manufacturière québécoise émet moins de CO2 qu’ailleurs, ne serait-ce qu’en raison du recours à l’hydroélectricité », illustre-t-il.

Il reste que « la grande portion de nos émissions de CO2 se retrouve dans ces 42 % de notre portefeuille ». Ce segment produit 71 tonnes d’équivalent CO2 par million de dollars investi. L’institution veut abaisser cette intensité à 53,3 tonnes.

Le président du Fonds ajoute : « Nous pouvons limiter les tonnes produites, mais aussi accroître les investissements dans des entreprises dites “propres”. » Il donne l’exemple d’EBI, spécialisée dans le recyclage et le transport des résidus, d’Enerkem, engagée dans la production de biocarburants et de produits chimiques renouvelables, ou même de Pétrole Harnois, qui se déploie autour du concept de centre de distribution multicarburant incluant l’électricité et l’hydrogène. « Il faut beaucoup d’électricité pour produire de l’hydrogène. Or, au Québec, notre électricité est propre », donne-t-il en exemple.

Gaétan Morin évoque également Solifor, qui s’est constitué une importante banque de terres forestières dans la foulée de la Grande Récession et de l’appui du Fonds de solidarité apporté au secteur forestier, alors en difficulté. « Nous sommes le plus grand propriétaire privé de terres forestières avec 200 000 hectares en portefeuille. Ces terres sont de puissants capteurs de CO2. Elles peuvent servir à des entreprises désirant compenser leurs émissions. »

Mais Gaétan Morin réitère ses priorités. Face au défi carbone, il faut « réduire avant de compenser ». Au même titre que l’innovation est devenue le point central des stratégies du Fonds de solidarité, « la transition énergétique juste — pour les travailleurs, pour les entreprises, pour la communauté — est au coeur de notre mission. Elle est dans notre ADN », souligne-t-il, à larges traits.