Marasme économique dans les pays émergents

L’onde de choc est partie de la Réserve fédérale américaine lorsqu’elle a commencé à relever ses taux d’intérêt.
Photo: Natacha Pisarenko Associated Press L’onde de choc est partie de la Réserve fédérale américaine lorsqu’elle a commencé à relever ses taux d’intérêt.

Taux américains, guerre commerciale, effet de contagion : depuis quelques semaines, les devises d’un certain nombre de pays émergents sont malmenées. Quelques éléments pour comprendre le marasme.

L’onde de choc est partie de la Réserve fédérale américaine (Fed) lorsqu’elle a commencé à relever ses taux d’intérêt, avec pour effet immédiat de renforcer le dollar, mais également de renchérir tous les coûts de financement. Et quand emprunter coûte plus cher et que, donc, prêter rapporte plus, les investisseurs deviennent plus regardants. « Dans ces cas-là, les actifs les plus vulnérables sont toujours vendus les premiers », explique Isabelle Mateos y Lago, directrice générale au BlackRock Investment Institute.

Si cette décision de la Fed a fragilisé l’édifice, elle n’explique pas à elle seule les mouvements violents de l’été sur certaines monnaies. Les questions sur la vigueur de la croissance chinoise ont accru la pression. Mais la véritable tension est venue du caractère aigu pris par la guerre commerciale. Le monde émergent a été la « principale victime collatérale du télescopage » entre le geste de la Fed et « le bras de fer commercial amorcé par le gouvernement Trump, [qui] a doublé la peine », écrit ainsi Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement chez Carmignac, dans sa note de rentrée.

En cas de stress, la hiérarchisation se fait entre les pays, mais aussi entre les actifs : la monnaie s’échangeant sur un marché très large et volatil, c’est souvent par elle que les investisseurs commencent. Les actions viennent ensuite, et les titres de dette à la fin. « Tous les actifs émergents ont souffert. La volatilité la plus forte a touché les devises, mais les actions émergentes ont aussi perdu environ 11 % depuis le début de l’année, et la dette n’a pas été épargnée non plus », résume Isabelle Mateos y Lago.

« Ce sont surtout les tensions autour du pasteur américain emprisonné en Turquie qui ont été le déclencheur », estime Régis Chatellier, analyste chez Société générale CIB. « Le pays a campé sur ses positions, le président américain a répliqué en imposant de lourdes taxes, et les investisseurs ont commencé à prendre peur, car le pays dépend massivement des financements étrangers en dollars », ajoute-t-il.

Après les secousses sur la devise turque, « les marchés ont cherché qui serait la prochaine victime, et ils ont voulu voir le même mécanisme dans la situation de l’Argentine », décortique M. Chatellier. « L’Argentine cochait en théorie toutes les cases. Or, elle a le soutien du FMI », juge l’expert, ce qui lui fait dire que « le stress a […] été un peu exagéré » autour de ce pays.

« Il s’agit plus d’une pression sur des pays qui ont une situation particulière », souligne également Jean-Marc Mercier, directeur de la division Marchés de capitaux d’emprunt chez HSBC, qui évoque à l’inverse des États « qui s’en sortent très bien », comme ceux du Moyen-Orient, le Chili ou encore la Corée du Sud.

La crise qui frappe des poids lourds parmi les émergents n’a pas eu pour l’instant d’effet contagieux « comme à la fin des années 1990 », car de nombreuses économies émergentes « sont aujourd’hui moins vulnérables qu’à l’époque », estime l’Organisation de coopération et de développement économiques dans un rapport paru jeudi.

Mais « un approfondissement des tensions commerciales pourrait exacerber les faiblesses, notamment si la Chine est touchée, reflétant l’intégration croissante dans le réseau commercial mondial de la plupart des marchés émergents au cours des deux dernières décennies ». Pour nombre d’experts, la résilience de l’économie chinoise jouera un rôle clé pour éviter une contagion à l’échelle globale.