Amener les jeunes à leur plein potentiel

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Pour atteindre l’objectif fixé par la stratégie nationale sur la main d’oeuvre, il faudra parvenir à abaisser significativement le taux de chômage chez les jeunes.
Photo: Unsplash Pour atteindre l’objectif fixé par la stratégie nationale sur la main d’oeuvre, il faudra parvenir à abaisser significativement le taux de chômage chez les jeunes.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

D’ici dix ans, 54 % des besoins de main-d’oeuvre devront être comblés par l’intégration des jeunes sur le marché du travail, estimait le premier ministre Philippe Couillard en mai dernier, lors de la présentation de sa Stratégie nationale sur la main-d’oeuvre 2018-2023. Une prise de conscience saluée par le Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ), qui somme cependant le prochain gouvernement de lui donner les moyens de permettre à ces jeunes de réaliser leur plein potentiel.

Pour atteindre l’objectif fixé par la Stratégie nationale sur la main-d’oeuvre, il faudra parvenir à abaisser significativement le taux de chômage chez les jeunes. En juillet dernier, celui-ci s’élevait encore à 10,1 %, soit 4,5 points de plus que celui de la population active. Une donnée qui préoccupe le directeur général du RCJEQ, Alexandre Soulières.

« Cette volonté gouvernementale doit être appuyée par un soutien accru des carrefours jeunesse-emploi [CJE] qui souhaitent accompagner tous les jeunes, notamment ceux qui sont les plus éloignés quant à leur insertion durable sur le marché du travail », estime-t-il.

Un mot revient ainsi régulièrement dans sa bouche : l’accompagnement. Accompagnement des jeunes qui devront pénétrer le marché du travail, mais accompagnement également des employeurs, qui doivent se concentrer sur leurs obligations de productivité tout en se montrant sensibles aux aspirations de la jeunesse.

« Nous vivons une inversion de la courbe démographique, rappelle le directeur général du RCJEQ. Il y aura bientôt davantage de retraités que de travailleurs. C’est une belle occasion pour les jeunes qui, dans ce contexte de plein emploi, vont pouvoir choisir le poste qui leur correspond et ainsi se réaliser, s’épanouir. L’entreprise peut elle aussi bénéficier de cet apport de sang neuf, de cette créativité. Encore faut-il qu’ils apprennent à se connaître et à se parler. Il faut absolument que cette première expérience soit positive, que personne n’en ressorte découragé. »

Autonomie, initiative, créativité

Les 110 carrefours jeunesse-emploi accompagnent et guident les jeunes adultes de 16 à 35 ans dans leurs démarches d’insertion sociale et économique, en aidant à leur cheminement vers l’emploi, vers un retour aux études ou dans le développement de projets. Ce sont 60 000 jeunes qui fréquentent chaque année l’une de ces antennes. Ils sont encadrés par 1500 intervenants, tous très au fait de leur environnement.

« Ils connaissent les entreprises locales et les enjeux locaux, indique M. Soulières. Ils sont capables de conseiller les jeunes en fonction de leur milieu. Parce qu’il n’y a pas qu’une seule manière de voir un enjeu. »

Au printemps dernier, le réseau a acheminé une lettre aux chefs des quatre principaux partis politiques afin d’exposer ses demandes quant aux différents éléments permettant à la jeunesse de se réaliser, et donc de prendre sa place dans le Québec de demain. Il demande notamment que chaque jeune du secondaire puisse vivre une expérience enrichissante de bénévolat, qu’un accompagnement de qualité soit offert aux jeunes en situation de vulnérabilité ou encore que des activités de mobilité internationale transformatrices leur soient proposées.

« Nous avons également un volet entrepreneurial dans nos carrefours, note M. Soulières. Il s’agit de faire vivre des expériences concrètes aux jeunes tout en les sensibilisant aux valeurs et aux nécessités de l’entreprise. Tous ne deviendront pas entrepreneurs et ce n’est pas le but, mais ils intégreront l’entreprise en comprenant mieux son fonctionnement. Ils développent aussi leur autonomie, leur esprit d’initiative et leur créativité. Autant de compétences très recherchées par les employeurs alors que le marché du travail est en pleine transformation. »

Citoyens de demain

En effet, 65 % des enfants qui entrent au primaire aujourd’hui occuperont plus tard un emploi qui n’existe pas encore actuellement, prédisait en 2017 un rapport du World Economic Forum intitulé The Future of Jobs. D’où l’importance d’accompagner les jeunes à développer leurs compétences transversales, celles qui seront transférables d’une entreprise à une autre, d’un poste à un autre, d’un métier à un autre.

À ce titre, le RCJEQ insiste tout particulièrement sur l’importance pour chacun d’eux de participer à des projets de volontariat international ou de bénévolat.

« Ce sont des expériences qui transforment, commente Alexandre Soulières. Qui aident à mieux se connaître. C’est bénéfique pour l’entreprise, mais aussi pour toute la société. Car notre mission est, bien sûr, de permettre aux jeunes de bien s’intégrer sur le marché du travail, mais aussi d’en faire les citoyens de demain. C’est un joyau que nous avons entre les mains ; il est important de s’en occuper. Il faut parvenir à mobiliser tous les acteurs de la société civile sur cet enjeu. »

Et parmi ces acteurs, le milieu éducatif, afin que personne ne reste sur le bord du chemin. Les carrefours proposent ainsi à certains jeunes un retour aux études afin de parfaire leur formation et ressortir avec une qualification.

« Sauf que certains n’ont que des mauvais souvenirs de l’école, et cela agit comme un frein, précise-t-il. Nous avons imaginé des locaux adaptés. Les carrefours travaillent avec les commissions scolaires afin que les jeunes puissent recevoir leur formation directement au carrefour. Ce sont des lieux de vie pour eux. Ils y développent des projets et un professeur est dégagé de sa tâche à l’école pour venir enseigner à ces jeunes. Ils s’y sentent en sécurité, reprennent confiance en eux. Obtenir une qualification devient alors plus facile. »

En février dernier, les jeunes du Québec ont présenté les propositions concrètes issues du mouvement Ma voix compte ! lancé l’automne dernier par le RCJEQ. L’objectif était de définir des propositions de transformation sociale qui leur ressemblent et qui leur permettraient, selon eux, de réaliser leur plein potentiel.

Dix propositions pour bâtir un avenir commun

Abolir les obstacles à la conciliation travail et vie personnelle

Assurer l’accès de tous à des systèmes de transport durables et adaptés aux besoins des milieux

Créer un lieu dédié de prise en charge de l’intimidation

Faciliter l’accès à une diversité de méthodes et de lieux d’apprentissage

Garantir à chacun le droit à une vie digne

Instaurer une offre sportive et culturelle diversifiée accessible à tous

Miser sur l’insertion durable en emploi

Offrir une éducation qui prépare les jeunes à la vie adulte

Transformer nos modes de production et de consommation

Valoriser la diversité pour une meilleure cohésion sociale