Tant que la Chine tiendra…

La Chine a publié vendredi des statistiques peu encourageantes, montrant un essoufflement marqué des investissements dans les infrastructures. Le pays a aussi vu ses ventes d’automobiles reculer pendant trois mois consécutifs.
Photo: Greg Baker Agence France-Presse La Chine a publié vendredi des statistiques peu encourageantes, montrant un essoufflement marqué des investissements dans les infrastructures. Le pays a aussi vu ses ventes d’automobiles reculer pendant trois mois consécutifs.

De l’Argentine à la Turquie et, plus récemment, au Brésil, les turbulences financières qui frappent à tour de rôle les pays émergents pourraient, selon les analystes, épargner le reste de l’économie mondiale… tant que la Chine tient bon.

La mauvaise passe des pays émergents suit jusqu’à présent un scénario plus ou moins classique : les États-Unis relèvent leurs taux d’intérêt. Les pays lourdement endettés en dollars en pâtissent. Les investisseurs retirent leurs billes pour faire des placements en dollars, redevenus attractifs. Et les devises émergentes flanchent.

Jeudi, le réal brésilien a frôlé son plus bas niveau historique face au dollar, tandis que le peso argentin continuait de dévisser. La livre turque, très malmenée récemment, a connu un bref répit grâce à une hausse de taux massive par la banque centrale.

Cette fois, un élément nouveau pourrait aggraver la situation : « les incertitudes liées au président américain », Donald Trump, et à sa politique protectionniste, a reconnu Jérôme Marcilly, chef économiste de l’assureur-crédit Coface, interrogé sur la chaîne BFM Business.

[Pour l’instant], l’Asie tient globalement très bien

Le locataire de la Maison-Blanche pourrait mettre le feu aux poudres s’il imposait de nouveaux droits de douane punitifs sur les importations chinoises, déjà taxées à hauteur de 50 milliards de dollars.

Pour la directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, dans un entretien publié mercredi par le Financial Times, « l’incertitude et le manque de confiance que les menaces sur le commerce ont déjà produites, avant même qu’elles ne se matérialisent », constituent une sérieuse menace pour les marchés émergents.

Une nouvelle hausse des droits de douane aurait « un impact mesurable sur la croissance en Chine », ce qui « ajouterait un choc à une situation où il n’y a pas de contagion, mais des vulnérabilités fragmentées ».

La Chine a justement publié vendredi des statistiques peu encourageantes, montrant un essoufflement marqué des investissements dans les infrastructures. Le pays a aussi vu ses ventes d’automobiles reculer pendant trois mois consécutifs.

Pour l’instant, « l’Asie tient globalement très bien », estime Julien-Pierre Nouen, directeur des études économiques chez Lazard Frères Gestion.

« Si nous avions un ralentissement plus notable de la croissance en Chine, ce serait beaucoup plus compliqué pour le marché asiatique et donc pour la zone émergente dans son ensemble », a prévenu M. Nouen, rappelant toutefois que Pékin a « toujours été capable » de relancer son activité jusqu’à présent.

Guan Qingyou, président du Reality Institute of Advanced Finance, estime lui aussi que « la faculté de la Chine à résister [aux turbulences des pays émergents] est relativement forte et [que] nos réserves de devises sont relativement élevées. De plus, la Chine a engagé dès 2016 un processus de désendettement, par conséquent la probabilité d’une crise monétaire dans le pays est faible. »

La confiance dans les autorités chinoises explique peut-être pourquoi de nombreux économistes ne voient pas pour l’instant les difficultés des pays émergents se propager à toute l’économie mondiale, dix ans après la faillite de Lehman Brothers.

« Nous ne prévoyons pas une crise majeure dans les marchés émergents », a affirmé à l’AFP Joydeep Mukherji, analyste à l’agence de notation S&P Global.

« Il y aura, certes, des problèmes dans les pays qui ont un important déficit courant, ce qui signifie qu’ils empruntent à l’étranger, mais tous les marchés émergents ne sont pas aussi vulnérables. »

Les analystes de Capital Economics distinguent par exemple trois groupes de pays émergents. D’abord, il y a ceux affichant un énorme déficit courant et donc vivant à crédit du reste du monde : Turquie, Argentine, Afrique du Sud, Colombie, Inde et Indonésie. Leurs monnaies semblent les plus vulnérables. Ensuite, il y a la Chine et les pays asiatiques, ainsi que le Pérou et le Chili, aux balances courantes « plus saines », selon Capital Economics. Enfin, il y a un troisième groupe plus hétéroclite de pays émergents confrontés à des « problématiques politiques particulières » : la Russie, aux prises avec des sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne ; le Brésil, qui se prépare à une élection présidentielle incertaine en octobre ; et enfin le Mexique, en pleines négociations commerciales avec Washington.