La Banque centrale européenne mettra fin à son soutien

«Le protectionnisme croissant» figure toujours au premier rang des préoccupations, a rappelé Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne.
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse «Le protectionnisme croissant» figure toujours au premier rang des préoccupations, a rappelé Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne.

La Banque centrale européenne (BCE) a confirmé jeudi l’arrêt progressif de son arsenal de soutien à l’économie, tout en affichant sa sérénité face aux risques croissants pesant sur la conjoncture en zone euro.

Sans dévier d’un millimètre, l’institution de Francfort s’en est tenue au scénario dévoilé en juin : ses rachats de dette publique et privée seront arrêtés en fin d’année, sauf dégradation économique d’ici là, alors que les taux directeurs resteront au plus bas « au moins » jusqu’à l’été 2019.

« Une banque centrale qui réussit se doit d’être ennuyeuse », a écrit dans une note, sur le ton de la plaisanterie, Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management, soulignant l’effet apaisant de cette communication sur des marchés fébriles.

Risques et périls

Attendue sur son analyse des risques économiques, la BCE persiste à les juger « globalement équilibrés », selon son président Mario Draghi, bien que les « incertitudes » aient « récemment gagné en importance ».

« Le protectionnisme croissant » figure toujours au premier rang des préoccupations, a rappelé M. Draghi, alors que Washington et l’Union européenne négocient un accord commercial sur fond de menaces réciproques de droits de douane supplémentaires.

La crise des devises en Argentine et en Turquie a par ailleurs fait son apparition dans les risques énumérés par le banquier italien, même si elle n’a pas pour l’heure « de retombées importantes » en zone euro.

Enfin, la BCE a accueilli avec circonspection les récentes promesses du gouvernement italien de respecter les règles budgétaires européennes, après avoir menacé de creuser une dette déjà abyssale. « Nous attendons les actes », soit le futur budget adopté à Rome, a lancé M. Draghi.

Le banquier italien s’est, à l’inverse, réjoui de voir une série de facteurs nourrir la croissance en zone euro : la politique budgétaire « moins neutre dans plusieurs pays », la consommation soutenue par les créations d’emploi, la hausse des salaires et le climat des affaires toujours solide.

« Somnambule »

La dégradation des relations commerciales a néanmoins poussé la BCE à abaisser ses prévisions de croissance pour cette année et l’an prochain, en raison d’une « contribution plus faible de la demande extérieure », selon M. Draghi.

L’institution table désormais sur une croissance de 2,0 % en 2018 et 1,8 % en 2019, contre respectivement 2,1 % et 1,9 % lors de ses projections de juin, et escompte toujours une inflation calée à 1,7 % chaque année jusqu’en 2020.

Malgré un environnement un peu moins porteur, la BCE « avance en somnambule vers l’arrêt » en fin d’année de son programme baptisé « QE », ou « assouplissement quantitatif », a commenté Carsten Brzeski, économiste chez ING Diba.

Formellement, la décision a été prise jeudi de ramener à compter d’octobre de 30 à 15 milliards d’euros par mois les rachats nets de dette sur le marché, lancés en 2015 pour favoriser l’emprunt et soutenir la croissance.

L’arrêt du programme, lui, est « anticipé » pour fin décembre, à condition que les prochaines données économiques « confirment les perspectives d’inflation à moyen terme » de l’institut, ce qui préserve encore un mince suspense.

La BCE n’a en revanche pas discuté jeudi des réinvestissements des titres figurant déjà à son bilan, soit un stock de plus de 2500 milliards d’euros accumulé depuis 2015, qui se prolongeront un long moment après la fin du « QE ». Ce mécanisme devrait préserver des conditions de financement favorables pour les États et entreprises endettés.