Bisbille entre l’ex-patron de Rona et la Caisse de dépôt et placement du Québec

Robert Dutton en 2011, alors qu'il était chef de la direction de Rona
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Robert Dutton en 2011, alors qu'il était chef de la direction de Rona

Le nouveau livre de Robert Dutton racontant ce que l’ex-chef de la direction de Rona a vécu en 2011-2012 lors de la bataille contre le géant américain Lowe’s a suscité jeudi un démenti formel de la part de la Caisse de dépôt et placement du Québec, à laquelle M. Dutton reproche d’avoir manqué de patience à l’égard de l’entreprise.

M. Dutton, qui a quitté Rona en novembre 2012 après y avoir passé 35 ans, vient de publier un ouvrage de 400 pages dans lequel il revient sur son parcours professionnel et sur les efforts visant à éviter que Rona se retrouve entre les mains d’un propriétaire étranger.

Le livre aborde notamment la relation de M. Dutton avec la Caisse, un actionnaire important de Rona, et la refonte du conseil d’administration en janvier 2013, dans la foulée du départ de l’ex-p.-d.g. deux mois plus tôt. À l’époque, la Caisse évoquait publiquement ce qu’elle voyait comme le besoin d’améliorer la performance du détaillant.

« On faisait des profits », a insisté M. Dutton jeudi lors d’un entretien avec Le Devoir. « C’est sûr que les actionnaires ne voyaient pas que le marché était pour s’améliorer, s’impatientaient et se disaient que la seule façon d’aller chercher une plus-value pour nos actions, c’est de vendre tout de suite. Mais est-ce que c’est le rôle de la Caisse de dépôt de ne pas avoir cette patience-là ? Pas nécessairement envers toutes les entreprises, mais je trouvais, et je trouve encore, que Rona avait une portée économique du fait qu’on achetait majoritairement auprès de fournisseurs québécois. »

Le livre s’ouvre sur une rencontre entre M. Dutton et le président de la Caisse, Michael Sabia, le 5 novembre 2012, deux jours avant la publication des états financiers trimestriels. Selon le récit, au moment où M. Dutton lui parle de son projet consistant à retirer Rona de la Bourse de Toronto pour protéger l’entreprise contre des tentatives d’acquisition, M. Sabia l’interrompt pour critiquer sa gestion et la performance de l’entreprise en ajoutant qu’il va s’occuper personnellement du dossier Rona. À l’époque, la Caisse détient environ 14 % des actions de Rona.

Redressement de situation

« Le conseil d’administration de Rona a décidé de faire des changements à la direction de l’entreprise en 2012 pour redresser sa situation et améliorer sa performance. La Caisse et d’autres actionnaires avaient appuyé ces changements », a indiqué la Caisse dans un communiqué publié jeudi matin.

« La Caisse reconnaît l’importante contribution de M. Dutton à l’entreprise au cours de sa carrière. Ce dernier a bien sûr le droit d’exprimer son opinion. Mais le récit relaté dans le livre de M. Dutton ne correspond pas aux événements et aux faits tels que vécus par la Caisse et ses représentants au fil des ans, et ceux-ci n’ont pas été corroborés par des tierces parties », a ajouté la Caisse.

Face à la menace de l’offre hostile de Lowe’s se trouvait une position de blocage : en plus de la participation de la Caisse, les actions détenues par Investissement Québec, le Fonds FTQ et les marchands représentaient un obstacle de taille. Investissement Québec, qui avait acheté son bloc de 10 % à la demande du gouvernement en 2012, a liquidé ses actions en 2014. L’ex-ministre Jacques Daoust, aujourd’hui décédé, a dit qu’il avait été tenu dans l’ignorance par rapport à cette vente, effectuée alors qu’il était ministre de l’Économie.

De fil en aiguille, Lowe’s est revenue à la charge au début de 2016 avec une offre de 3,2 milliards. Les actionnaires de Rona l’ont approuvée à 70 % en avril 2016.