United Airlines s’envolera pour l’Europe avec du biocarburant québécois

Un avion de United Airlines s’apprêtant à atterrir à San Francisco en 2017
Photo: Marcio Jose Sanchez Associated Press Un avion de United Airlines s’apprêtant à atterrir à San Francisco en 2017

Les passagers d’un Boeing de la United Airlines qui décollera de San Francisco à destination de Zurich vendredi seront aux premières loges pour assister à un exploit : ce sera la première fois qu’un avion propulsé par du biocarburant issu de graines de moutarde traversera l’Atlantique.

Ce combustible, fait à partir de moutarde Carinata, est une création québécoise. 30 % du kérosène utilisé pour propulser l’avion sera remplacé par ce biocarburant. Selon Agrisoma Biosciences, l’entreprise de Gatineau qui l’a développé, le vol de vendredi émettra 30 % moins de gaz à effet de serre qu’un vol régulier.

En entrevue avec La Presse canadienne, Steve Fabijanski, le fondateur et président d’Agrisoma Biosciences, n’hésite pas à qualifier le biocarburant qu’il a créé avec son équipe de « carburant le plus propre jamais utilisé dans un avion ».

Photo: Mike McCleary Associated Press Une poignée de graines de moutarde de la variété Carinata utilisée par l'entreprise Agrisoma pour produire son carburant

Steve Fabijanski souhaite révolutionner le monde du transport aérien et le partenariat de son entreprise avec le géant United Airlines lui servira de vitrine pour attirer de nouvelles collaborations.

« Ce vol constitue une étape marquante dans la recherche de carburants d’origine agricole à faible teneur en carbone et ça montre au reste du monde la qualité de l’innovation canadienne et québécoise », a-t-il dit.

D’une durée de 11 heures, il s’agira, selon lui, du plus long vol transatlantique utilisant du biocarburant jamais entrepris à ce jour.

Réduire les GES

Alors que le nombre de passagers aériens est en pleine croissance, l’industrie de l’aviation s’est donné comme objectif de réduire ses émissions de CO2 de 50 % en 2050, par rapport aux niveaux enregistrés en 2005 (elle est responsable de 2 à 3 % des émissions au niveau mondial.)

Le cofondateur d’Équiterre, Steven Guilbeault, est d’avis que le biocarburant d’Agrisoma prépare la voie à une avancée considérable pour réduire l’empreinte carbone des transporteurs : « En tant qu’écologiste, pour moi ce qui compte, c’est que ce type de technologie se déploie. Et en tant que Québécois, je ne vous cacherai pas que ça fait un petit velours quand c’est développé dans notre cour arrière. »

Une semence polyvalente

En entrevue avec La Presse canadienne, Andrée-Lise Méthot, la fondatrice de Cycle Capital, l’un des principaux investisseurs d’Agrisoma, n’hésite pas à vanter les vertus de ce biocarburant : « Si on mettait seulement que 10 % de ce carburant dans tous les avions de la planète, on accomplirait de très grandes choses », a-t-elle assuré.

En plus de réduire l’empreinte carbone des avions, la femme d’affaires explique que l’une des principales qualités de la moutarde Carinata réside dans le fait qu’elle peut pousser sur des terres qui ne sont pas destinées à nourrir les gens ; contrairement à l’éthanol, par exemple, sa culture ne se fait donc pas aux dépens de l’alimentation : « Carinata pousse quand rien ne pousse, elle pousse dans des conditions difficiles, c’est ce que j’appelle une semence adaptée aux changements climatiques, et en plus, on donne deux beaux produits, le biocarburant et de la nourriture biologique pour les animaux », a-t-elle dit.

Une fois l’huile extraite de la plante, le résidu devient un sous-produit riche en protéines qui peut être utilisé comme nourriture pour les animaux d’élevage.

C’est la deuxième fois qu’Agrisoma fournit du biocarburant fait à base de moutarde pour un vol commercial.

Le 28 janvier 2018, le biocarburant oléagineux de Gatineau avait alimenté un vol de Qantas Airways entre l’Australie et les États-Unis. Le biocarburant avait alors remplacé 10 % du kérosène, alors que le vol de vendredi sera propulsé par 30 % de biocarburant.

Le président d’Agrisoma assure que ce n’est que le début d’une longue aventure. D’ailleurs, lors de son entretien avec La Presse canadienne, Steve Fabijanski était à Paris, où il prévoit d’annoncer, lundi, de nouveaux partenariats avec des entreprises françaises du secteur de l’aviation.