La hausse des salaires s’accélère aux États-Unis

Les récentes haus­ses plus élevées des salaires suffisent à peine à compenser l’augmentation du coût de la vie aux États-Unis.
Photo: Chandler Denise Unsplash Les récentes haus­ses plus élevées des salaires suffisent à peine à compenser l’augmentation du coût de la vie aux États-Unis.

L’amélioration de l’emploi se fait de plus en plus ressentir sur les salaires aux États-Unis.

Le département du Travail américain a rapporté vendredi une création d’emplois plus forte que prévu au mois dernier, avec 201 000 nouvelles embauches, alors que les prévisionnistes en attendaient 187 000. Cela laisse malgré tout le taux de chômage inchangé au niveau remarquablement bas de 3,9 %, en raison notamment d’un léger recul du taux de participation au marché du travail de 62,9 % à 62,7 %.

Mais ce qui a le plus attiré l’attention des experts a été le sursaut de 0,4 % du salaire horaire moyen au pays durant le seul mois d’août, pour un gain cumulé de 2,9 % sur les 12 derniers mois. C’est encore mieux que le gain de 2,7 % sur la dernière année enregistré en juillet, et ça se révèle même la plus forte hausse en un an depuis le printemps 2009, alors que l’économie américaine entamait sa longue sortie de la Grande Dépression.

Cette récente accélération de la hausse des salaires aux États-Unis semble en voie de dissiper un mystère que les experts cherchaient à résoudre depuis longtemps et d’augmenter la probabilité de nouvelles hausses des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine (Fed), peut-être même dès ce mois-ci.

On ne comprenait pas, jusqu’à tout récemment, comment le taux de chômage pouvait y être à son niveau le plus bas depuis des décennies ni comment le nombre d’entreprises qui se plaignent de la rareté de la main-d’oeuvre pouvait être si élevé sans que cela force plus d’employeurs à augmenter leurs salaires dans l’espoir d’attirer les travailleurs qui leur font défaut ou, à tout le moins, garder ceux qu’ils ont déjà. Des experts en avaient déduit qu’il devait encore y avoir des réserves de personnes restées en marge du marché du travail qui n’apparaissaient pas dans les statistiques officielles, mais qui voyaient l’amélioration des perspectives économiques et se remettaient, petit à petit, à offrir leurs services. Cette théorie des travailleurs fantômes apparaît moins vraisemblable désormais, concluait vendredi le Wall Street Journal.

« Il y a un bon bout de temps que l’on attendait une accélération des salaires », a noté Francis Généreux, économiste au Mouvement Desjardins. « Il faudra cependant attendre les prochains mois pour s’assurer que la hausse de cadence est bel et bien soutenue. Tout n’est pas joué. »

Ex aequo avec l’inflation

Pour les travailleurs, les récentes hausses plus élevées des salaires ne se traduisent pas encore par un véritable enrichissement, puisqu’elles suffisent à peine à compenser l’augmentation du coût de la vie. En effet, la plus récente mesure de l’indice des prix à la consommation, au mois de juillet, établissait justement l’inflation à 2,9 % sur 12 mois.

Mais pour la Fed, cette accélération de la hausse, à la fois, des prix et des salaires, alliée aux solides chiffres de croissance de l’emploi, devrait être vue comme une incitation à poursuivre le resserrement de sa politique monétaire. La banque centrale américaine a déjà relevé deux fois cette année son taux directeur, depuis le début de l’année, chaque fois d’un quart de point de pourcentage. Situé aujourd’hui dans l’étroite fourchette entre 1,75 % et 2 %, ce taux pourrait ainsi être encore relevé deux autres fois avant la fin de l’année, une première fois dès la prochaine réunion de politique monétaire de la Fed, le 26 septembre, et une autre fois en décembre.