Dommages collatéraux: en apparence, tout va bien au pays de Trump!

Les économies émergentes, très dépendantes du commerce international, ont vu les révisions des bénéfices devenir négatives pour la première fois depuis 2016.
Photo: Indranil Mukherjee Agence France-Presse Les économies émergentes, très dépendantes du commerce international, ont vu les révisions des bénéfices devenir négatives pour la première fois depuis 2016.

L’économie américaine voit son PIB croître à un rythme annuel de plus de 4 % et son taux de chômage tomber sous les 4 %, près de son plus bas niveau en 20 ans. En Bourse, en définitive, seules les actions américaines proposent un rendement digne de ce nom cette année. En apparence, tout va bien au pays de Trump !

Mardi, les éleveurs québécois de porc lançaient un appel à l’aide. Le conflit commercial opposant les États-Unis à la Chine et au Mexique a provoqué un effondrement de près de moitié du prix courant du kilo cet été. Mercredi, ce fut au tour des producteurs québécois de grains de solliciter un tel appui gouvernemental. Les tensions entre Washington et Pékin, suivies des représailles chinoises, ont notamment fait chuter les prix du soja de 10 % en quelques semaines. Celui du maïs devrait suivre.

Cette chute des cours n’est également pas sans avoir un impact sur les producteurs américains. En juillet, le gouvernement Trump a annoncé une aide financière de 12 milliards $US en appui aux agriculteurs touchés par les mesures de représailles aux tarifs douaniers appliquées par leurs partenaires commerciaux. Dans le porc, Washington a conçu un plan d’aide de plus de 800 millions prévoyant l’achat direct de produits du porc et un appui à l’ouverture de nouveaux marchés. Ailleurs, nombreuses sont les entreprises américaines à subir les pressions à la hausse sur le prix des produits transformés et importés. Les dommages collatéraux se multiplient à vitesse grand V.

La Banque du Canada l’a souligné mercredi. « Les tensions commerciales élevées restent un des principaux risques qui pèsent sur les perspectives mondiales, et elles exercent des pressions à la baisse sur le prix de certains produits de base. Parallèlement, les tensions financières se sont intensifiées dans certains pays émergents, mais les retombées sur d’autres pays sont limitées. »

Sur une base plus macroéconomique, « les guerres commerciales déclenchées par les États-Unis semblent commencer à nuire à l’économie mondiale. Les économies émergentes, très dépendantes du commerce international, ont vu les révisions des bénéfices devenir négatives pour la première fois depuis 2016. Les responsables politiques doivent maintenant prendre des mesures pour réaccélérer la croissance en 2019 », ont ajouté les analystes de la Banque Nationale, qui notent que le volume du commerce mondial a stagné au deuxième trimestre. Dans sa lecture de la situation financière mondiale, Jean-Claude Trichet, ex-président de la Banque centrale européenne, a évoqué pour sa part une accélération dangereuse de l’endettement des pays émergents. Cet endettement, essentiellement libellé en dollars américains, doit également subir les contrecoups d’un déplacement des capitaux vers le billet vert traduisant une aversion accrue pour le risque, forçant les banques centrales de ces pays à hausser leur taux d’intérêt.

Pour l’heure, l’économie américaine a vu sa vigueur être amplifiée par un imposant stimulus budgétaire, les réductions d’impôt ayant eu l’effet de stéroïdes sur les dépenses de consommation et les investissements des entreprises. Aussi, la contribution des exportations a été fortement influencée par un jeu d’anticipation des tensions commerciales. Mais elle n’est pas immunisée ou isolée. Pour la suite, les premières menaces viennent d’une réduction déjà perceptible de la croissance de l’économie mondiale. S’ajoute l’appréciation du dollar américain, alimentée par la hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale, qui viendra plomber la croissance mondiale et se répercuter sur le bénéfice des entreprises américaines. Sans oublier le poids des sanctions et rétorsions sur la transformation et la consommation.

Finalement, le Fonds monétaire international a déjà déclaré les États-Unis grands perdants de cette guerre commerciale où tous sortent plus affaiblis. L’institution met en exergue la vulnérabilité du commerce américain subissant les mesures de représailles venant de toutes parts et s’étendant à un portefeuille de produits élargi « alors que les autres économies pourraient réorganiser leurs flux commerciaux en évitant les États-Unis ».