Les producteurs de grains demandent à leur tour l’aide de Québec

Le Québec compte de 6000 à 7000 producteurs de soya.
Photo: Derek R. Henkle Agence France-Presse Le Québec compte de 6000 à 7000 producteurs de soya.

Les Producteurs de grains du Québec (PGQ) demandent à leur tour que le gouvernement intervienne afin de soutenir leur secteur d’activité, frappé par une chute des prix du soya depuis le début des tensions commerciales entre Pékin et Washington au printemps.

Selon le regroupement, la baisse des prix sur le marché se traduira au final par des pertes avoisinant 100 à 120 millions chez les producteurs, qui ont besoin d’une aide « de toute urgence ». De manière concrète, le prix est passé d’environ 485 $ la tonne à 435 $.

« Une partie des pertes est déjà subie en raison de la chute boursière, beaucoup dans le soya et un peu dans le maïs », a dit lors d’un entretien le directeur général des PGQ, Benoit Legault. La chute « brutale » dans le soya va « se transposer au maïs, fort probablement en 2019 ».

Le Québec compte de 6000 à 7000 producteurs de soya, selon M. Legault, et 6000 dans le créneau du maïs. Souvent, les mêmes producteurs font les deux. Les PGQ comptent environ 11 000 membres au total. Bon an mal an, le maïs et le soya représentent 80 % de la production québécoise de grains.

Les prix du soya ont commencé à chuter lors des premières menaces de la Chine en guise de représailles envers Washington. Pékin a fini par imposer des tarifs de 25 % sur le soya américain. Selon les PGQ, la baisse des prix qui s’est manifestée sur le marché du soya, et qui frappera le maïs, entraînera, pour un producteur type, une perte de 80 000 $ l’an prochain. Cela fait en sorte que les marges bénéficiaires se transforment instantanément en pertes, a dit le regroupement.

La Chine regarde ailleurs

Le pays asiatique est un acheteur extrêmement important de la production des agriculteurs américains, qui lui vendent la moitié de leur production. Or, depuis l’imposition des sanctions douanières, les acheteurs chinois cherchent des solutions de rechange.

« Les décisions agressives de l’administration Trump déséquilibrent sérieusement le marché des grains. », a affirmé dans un communiqué le président des PGQ, Christian Overbeek. « Ceci s’ajoute au déséquilibre criant du soutien gouvernemental à notre endroit par rapport à nos concurrents. Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec doit réagir avant qu’il ne soit trop tard. Il faut débloquer une aide directe pour soutenir nos producteurs dans l’immédiat et adapter les programmes de sécurité du revenu dans le futur. » Le regroupement souhaite également que le gouvernement québécois entre en contact avec Ottawa pour qu’il contribue lui aussi à un plan.

La sortie des PGQ survient au lendemain de celle des producteurs porcins, qui ont évoqué la chute des prix dans leur propre secteur afin d’interpeller le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral. Les éleveurs de porcs, qui fonctionnent eux aussi à l’extérieur du système de la gestion de l’offre, demandent aux deux ordres de gouvernement une enveloppe globale de 50 millions. Le prix que reçoivent ces éleveurs s’applique partout sur le continent, et il est passé de 2,30 $US le kilo à 1,20 $ depuis le début de l’été.

Au cabinet du ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, on a indiqué que celui-ci a eu des rencontres avec les acteurs de l’industrie agricole. La situation est toutefois particulière, car l’Assemblée nationale a été dissoute pour la campagne électorale.

Le gouvernement Couillard a annoncé le mois dernier des mesures d’aide totalisant 863 millions pour les entreprises et les travailleurs touchés par les différentes décisions de Washington en matière commerciale. Cette somme comprend une aide de 45 millions spécifiquement pour le secteur agricole, qui consiste à épauler les dépenses d’investissement au chapitre de la productivité.