Trump menace de se retirer de l’OMC faute de progrès dans les réformes

Un porte-conteneurs chinois est déchargé, en juin, au port d'Oakland, en Californie.
Photo: Justin Sullivan Agence France-Presse Un porte-conteneurs chinois est déchargé, en juin, au port d'Oakland, en Californie.

Le président américain, Donald Trump, a une nouvelle fois menacé de retirer les États-Unis de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) faute de progrès dans les réformes.

Ses propos, tenus jeudi dans une interview à l’agence Bloomberg News, sont les derniers d’une série de critiques adressées aux institutions internationales que les États-Unis ont contribué à mettre sur pied après la Seconde Guerre mondiale. « S’ils ne font pas de progrès, je me retirerai de l’OMC », a averti Trump en qualifiant l’accord portant la création de l’organisation de « pire accord commercial jamais conclu ».

Trump, qui s’en était déjà pris dans le passé aux organes de règlement des différends de l’OMC, les accusant d’être défavorables aux États-Unis, a souligné que Washington avait « rarement gagné un recours » auprès de cette organisation, bien que les choses aient commencé à changer l’an dernier. « Au cours de l’année dernière, nous avons commencé à gagner beaucoup », a-t-il dit. « Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils savaient que si nous ne gagnions pas, je me retirerais », a-t-il poursuivi.

La Chine, engagée dans une guerre commerciale avec les États-Unis, a rejoint l’OMC en 2001, une adhésion qualifiée d’« erreur » par le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer.

Au cours de l'année dernière, nous avons commencé à gagner beaucoup [...] Vous savez pourquoi ? Parce qu'ils savaient que si nous ne gagnions pas, je me retirerais.

 

La menace de Trump est brandie alors que son gouvernement fait face à des pressions au sein de l’OMC de la part de ses partenaires commerciaux qui ont saisi l’organisation pour contester les nouveaux droits de douane imposés par Washington sur leurs importations.

Les analystes consultés rappellent qu’un retrait des États-Unis de l’OMC mettrait en danger une des institutions fondamentales sur lesquelles repose le commerce mondial actuel, dont Washington a été l’un des fondateurs. « Trump continue d’attaquer le pilier de la gouvernance économique qu’est l’OMC », constate Naeem Aslam, analyste de ThinkMarkets UK, dans un texte de l’agence Reuters. « Pour les investisseurs, la principale menace, c’est que si les États-Unis sortent de l’OMC, le système peut s’effondrer. L’absence de l’OMC se traduirait par le retour à des accords bilatéraux et de multiples représailles sur la base de motivations nationales artificielles. Ce serait la porte ouverte à une récession mondiale. »

Nomination bloquée

Les États-Unis ont bloqué cette semaine le renouvellement d’un juge de la cour d’appel réglant les conflits commerciaux à l’OMC, qui risque à terme d’être paralysée sur fond de guerre commerciale lancée tous azimuts par le gouvernement Trump. Il faut impérativement trois juges au minimum à l’instance d’appel de l’organe de règlement des différends (ORD) pour examiner chaque cas, sinon l’Organisation mondiale du commerce ne peut plus régler les conflits commerciaux.

Or Washington bloque depuis plusieurs mois le lancement du processus de sélection des juges de cette cour, qui doit être décidé par consensus.

En bloquant lundi le renouvellement du mandat du juge Shree Baboo Chekitan Servansing, dont le premier mandat s’achève fin septembre, les États-Unis ont installé un peu plus au bord de l’abîme l’instance d’appel de l’ORD, un cadre institutionnel qui offre un dernier recours possible pour régler un différend commercial et éviter tout autre type d’escalade entre pays. Fin septembre, la cour d’appel ne disposera donc plus que de trois juges, dont deux verront leur mandat expirer fin 2019.

« Depuis plus de quinze ans, plusieurs gouvernements américains ont fait part de leurs graves préoccupations face au non-respect des règles par l’organe d’appel » de l’OMC, a déclaré l’ambassadeur américain auprès de l’OMC, Dennis Shea, lors d’une réunion lundi à Genève. Estimant ne pas obtenir de résultat satisfaisant, « les États-Unis ont décidé qu’ils n’étaient pas disposés à appuyer le renouvellement du mandat de M. Servansing à l’organe d’appel. Cette position n’est pas une remise en question d’un individu, mais reflète nos préoccupations », a-t-il expliqué aux autres membres de l’OMC.

Le scepticisme américain face à la cour d’appel de l’ORD n’est pas nouveau, le gouvernement Obama ayant déjà bloqué la nomination de juges, mais il s’est accentué avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2017. Les critiques américaines à l’encontre de l’organe d’appel de l’ORD concernent notamment les manquements au bon respect des procédures.