La gestion de l’offre, un éternel cheval de bataille pour les agriculteurs canadiens

La gestion de l’offre, qui contrôle strictement la production, couvre cinq secteurs: le lait, les dindons, le poulet, les oeufs d’incubation et les oeufs de consommation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La gestion de l’offre, qui contrôle strictement la production, couvre cinq secteurs: le lait, les dindons, le poulet, les oeufs d’incubation et les oeufs de consommation.

Quelle que soit l’issue des négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), les derniers mois auront été marqués par les efforts constants de l’industrie agricole sur l’importance qu’elle accorde à la gestion de l’offre, un système né dans les années 1960 et dont l’objectif consiste à combattre les fluctuations de prix.

« On pourrait dire que ça permet aux producteurs d’avoir un revenu décent, mais surtout un revenu stable, qui a beaucoup d’avantages pour les économies régionales », a dit vendredi Maurice Doyon, professeur en agroéconomie à l’Université Laval.

La gestion de l’offre, qui contrôle strictement la production, couvre cinq secteurs : le lait, les dindons, le poulet, les oeufs d’incubation et les oeufs de consommation. Au Québec, elle touche directement plus de 6900 fermes autour desquelles on dénombre 92 000 emplois directs et indirects.

« Prenons une région, par exemple la Beauce, où il y a de la production porcine. Le porc a vécu une période difficile il y a quelques années avec un long cycle de mauvais prix, et certains producteurs n’ont pas résisté. Il y a des impacts sur les fournisseurs d’intrants, celui qui fournit la moulée, celui qui vend les tracteurs, le garagiste, la quincaillerie, etc. Ces entités-là sont également à risque », a ajouté M. Doyon.

Le premier ministre Justin Trudeau a affirmé vendredi qu’il n’est pas question de faire des concessions sur la gestion de l’offre dans le cadre des discussions avec les Américains. Le système fonctionne pour les producteurs comme pour les consommateurs, a-t-il dit.

Contrecoups des fluctuations

« La gestion de l’offre permet de soutenir les producteurs agricoles et de leur éviter de subir les contrecoups des fluctuations des marchés, sans pourtant que leur soient versées des subventions, comme c’est le cas aux États-Unis », a affirmé le p.-d.g. de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Stéphane Forget.

Le premier secteur à se doter d’une gestion des approvisionnements a été celui du lait, frappé par d’importantes fluctuations de revenus dans les années 1950 et 1960 qui sont, à la longue, devenues sources d’inquiétudes.

« Au début, les producteurs agricoles se sont regroupés pour s’assurer d’une plus grande stabilité face aux marchés caractérisés par des cycles de production imprévisibles. Par exemple, ils ont établi des prix planchers respectés par leurs membres », explique la Commission canadienne du lait sur son site Internet. « Cependant, les premiers groupes de producteurs agricoles avaient peu d’influence et se sont tournés vers les gouvernements provinciaux pour la création d’offices de commercialisation. »

Alors qu’il l’a défendue par le passé, l’ex-premier ministre Brian Mulroney a affirmé dans un discours l’an dernier qu’il faudrait un jour envisager la fin de la gestion de l’offre et que ce processus devrait se montrer « généreux ». Il avait également tenu des propos de cette nature en 2014. Il les a répétés au cours des derniers mois, selon ce que La Presse + a écrit le 7 août.

« M. Mulroney suggère de dédommager les producteurs agricoles sous gestion de l’offre et, pour lui, le dossier serait clos. Ce n’est pourtant pas ce qu’il a fait en 1992 et il sait très bien pourquoi », ont écrit dans une lettre ouverte les dirigeants des grands regroupements de producteurs du Québec. Ils ont cité une étude de PwC selon laquelle la fin de la gestion de l’offre, dans la volaille et les oeufs, pourrait entraîner la disparition de 58 000 à 80 000 emplois au Canada.

« L’Europe a aboli son système de quota en 2015 et la surproduction qui en a résulté a poussé à la faillite un nombre important de fermes tout en contribuant à saturer le marché mondial en ingrédients laitiers », ajoutent les signataires. « En France, détresse et suicides chez les producteurs sont les résultats de cette politique. »

La Chambre de commerce américaine croise les doigts

Le président de la Chambre de commerce des États-Unis, Thomas J. Donohue, a indiqué se réjouir de la poursuite des négociations visant à moderniser l’ALENA. Il a réitéré l’objectif qu’une entente soit conclue avec le Mexique et le Canada. Il a rappelé les liens économiques serrés entre les trois partenaires.

« Si vous rejetez un membre de cet accord, vous brisez l’accord, et cela ne peut qu’être une mauvaise nouvelle pour les entreprises, pour les emplois américains et pour la croissance économique. » La Chambre a ajouté que rien sauf une entente commerciale tripartite n’obtiendra l’appui du Congrès et des entreprises. Elle rappelle qu’elle représente l’intérêt de plus de trois millions d’entreprises. En Bourse, l’indice composé S&P/TSX a lâché 108,67 points, ou 0,6 %, pour terminer la séance avec 16 262,88 points. « Les événements que nous avons [...] exercent une certaine pression sur le marché », a estimé Sid Mokhtari, de Marchés des capitaux CIBC.