Le papier journal canadien n’est pas une menace, conclut un tribunal américain

Les sanctions de Washington ont déjà entraîné une hausse des coûts de 30% pour les journaux.
Photo: Natalie Behring Getty Images / Agence France-Presse Les sanctions de Washington ont déjà entraîné une hausse des coûts de 30% pour les journaux.

L’industrie américaine du papier journal ne souffre pas des importations canadiennes, a tranché mercredi la Commission américaine du commerce international, dont la décision est une réponse sans équivoque à la plainte d’un producteur de l’État de Washington.

Le vote unanime des cinq commissaires du tribunal, le même qui a causé la surprise en se rangeant du côté de Bombardier contre Boeing au mois de janvier, a pour effet d’annuler tous les droits punitifs imposés par le département du Commerce aux papetières canadiennes au début de l’année. Les motifs du vote seront communiqués à une date ultérieure.

La décision, aboutissement d’un examen déclenché par la plainte d’une société méconnue nommée NORPAC, est rendue après les appels de dizaines d’élus du Congrès américain et de centaines de journaux implorant le tribunal de considérer l’effet négatif des sanctions sur les médias imprimés et de prévoir des pertes d’emplois.

« L’industrie américaine n’est pas lésée ou menacée par les importations de papier de pâte mécanique non couché qui, selon le département du Commerce, serait subventionné et vendu aux États-Unis à des prix inférieurs à leur juste valeur », a écrit le tribunal. « Par conséquent, il n’y aura aucun avis de tarifs douaniers sur les importations de ce produit en provenance du Canada. »

Hauteur des tarifs

Les sanctions préliminaires avaient été annoncées par le département du Commerce en janvier 2018 et établies de manière plus définitive cet été. Les droits sur le papier journal de Produits forestiers Résolu, par exemple, étaient de 9,81 %. Ceux concernant Kruger étaient de 9,53 %. Les droits couvraient également le papier d’édition et le papier utilisé pour les bottins téléphoniques.

Le département du Commerce a déjà estimé que les exportations canadiennes à destination des États-Unis se sont élevées à 1,3 milliard $US en 2016.

NORPAC, achetée par un fonds de couverture de Wall Street pour 80 millions $US en 2016, affirme que l’industrie canadienne bénéficie d’un avantage déloyal en raison des terres publiques et qu’il en résulte un impact concret sur les prix et la santé du marché aux États-Unis. À cette allégation, les sociétés canadiennes répondent que la baisse de demande pour le papier journal au cours des dernières années s’explique plutôt par la consommation accrue de nouvelles sur des plateformes numériques.

Résolu est « ravie » de la décision, a dit son porte-parole, Karl Blackburn. L’entreprise a eu à verser environ 6,5 millions $US depuis le début des sanctions en janvier.

Quand le département du Commerce a annoncé les tarifs, en janvier 2018, le secrétaire avait affirmé qu’ils offriraient aux producteurs américains un certain répit face aux « distorsions du marché causées par les subventions gouvernementales potentielles ». Aussi, les droits permettraient de maintenir les prix du papier à un niveau abordable, avait ajouté Wilbur Ross en disant que son département poursuivrait l’évaluation de la situation.

« Le département du Commerce a récemment maintenu ses tarifs et, bien qu’il les ait réduits légèrement, ces droits auraient été insoutenables pour les journaux, les autres imprimeurs et les éditeurs », a réagi la News Media Alliance, qui regroupe des centaines de journaux. « Heureusement, notre voix a été entendue lors de l’audience de la Commission le mois dernier, et les commissaires ont pris la bonne décision en invalidant les droits. »

Selon la News Media Alliance, les sanctions de Washington ont déjà entraîné une hausse des coûts de 30 % chez les journaux et causé des mises à pied. Ed Markey, sénateur junior du Massachusetts, a fait valoir que l’absence de papetières dans son État plaçait les journaux locaux dans une situation particulièrement vulnérable et que plusieurs pourraient fermer leurs portes.

Washington a imposé en 2015 des tarifs sur le papier surcalandré (magazine), mais a fait marche arrière cet été après qu’un gros producteur américain a retiré sa plainte. Résolu, qui a versé un total de 60 millions $US en trois ans, recevra un remboursement.