Chrystia Freeland à Washington pour d’urgentes négociations

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a écourté abruptement son voyage officiel en Europe pour se précipiter à Washington.
Photo: Don MacKinnon Archives Agence France-Presse La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a écourté abruptement son voyage officiel en Europe pour se précipiter à Washington.

Les principaux négociateurs de l’équipe canadienne se sont précipités à la table de l’ALENA à Washington, mardi, mais ils subissent déjà de fortes pressions de la part du président américain pour approuver l’accord commercial bilatéral que son administration a conclu lundi avec le Mexique.

La Maison-Blanche demande maintenant au Canada d’approuver d’ici la fin de la semaine ce que le président américain a qualifié de « remplacement » de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ; M. Trump l’a d’ailleurs déjà rebaptisé « accord commercial États-Unis-Mexique ». Si le Canada refuse, le président américain menace de frapper son voisin du nord de tarifs douaniers dans le secteur automobile.

M. Trump a également menacé de mettre fin à l’ALENA actuel, un traité trilatéral conclu entre le Canada, les États-Unis et le Mexique il y a un quart de siècle.

L’entente de principe bilatérale annoncée lundi entre les États-Unis et le Mexique intensifie la pression sur le gouvernement libéral du Canada, qui est revenu mardi à la table de négociation pour la première fois depuis le printemps.

La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, qui a interrompu un voyage diplomatique en Europe pour se rendre à Washington, a rencontré le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer. Il s’agissait d’une première rencontre en personne au sujet de l’ALENA depuis le printemps dernier.

À sa sortie de ce tête-à-tête d’une heure, la ministre Freeland a déclaré aux journalistes que les équipes de négociateurs allaient chercher de nouveaux compromis. Elle a cependant refusé de répondre directement aux questions concernant ce que le Canada est prêt à mettre sur la table.

« Certaines positions ont changé depuis la dernière fois où l’on s’est rencontré face à face et l’on va regarder attentivement ce que sont ces changements et ce qu’ils signifient pour le Canada », a commenté Mme Freeland, qui a salué le Mexique pour avoir pris « des décisions difficiles » concernant la main-d’œuvre dans l’industrie automobile.

La ministre estime que l’entente permet maintenant d’écarter cet enjeu complexe de l’industrie automobile et de se concentrer sur « des conversations significatives, profondes et productives avec les États-Unis », espère-t-elle.

Elle devait rencontrer plus tard, mardi, le ministre de l’Économie du Mexique Ildefonso Guajardo. Les trois pays ont aussi convenu de plonger plus en profondeur dans les détails de la négociation mercredi.

En mêlée de presse à Longueuil, mardi après-midi, le premier ministre Justin Trudeau ne semblait pas enclin à accorder d’importantes concessions.

« Nous allons travailler de bonne foi, de façon constructive, présente, mais nous n’allons signer qu’un accord qui est bon pour le Canada, bon pour les Canadiens de la classe moyenne », a-t-il réitéré.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En mêlée de presse à Longueuil, Justin Trudeau s'est engagé à défendre le système de gestion de l’offre qui protège le secteur laitier canadien et qui est décrié par la Maison-Blanche.

Le premier ministre a précisé que l’équipe canadienne étudiait toujours ce nouvel accord intervenu entre ses deux partenaires commerciaux.

« Il y a beaucoup de documents et de textes dans lesquels plonger par rapport à ce sur quoi le Mexique et les États-Unis ont travaillé », a-t-il ajouté, en anglais.

M. Trudeau s’est néanmoins réjoui des récentes avancées dans les discussions, plus particulièrement en ce qui a trait au secteur automobile.

« Nous avons été encouragés par les progrès réalisés par nos partenaires de l’ALENA au cours des dernières semaines. Cela a été une étape importante pour aller de l’avant avec la renégociation et l’amélioration de l’ALENA », a-t-il avancé.

Larry Kudlow, directeur du Conseil économique national du président Trump, a accentué la pression sur les négociateurs canadiens, mardi matin, dans une entrevue télévisée à « Fox Business News ». M. Kudlow a déclaré que le président Trump « aimerait conclure une entente avec le Canada », mais dans l’intérêt des travailleurs et des agriculteurs américains.

Au cours des cinq dernières semaines, le Canada a observé de loin ses partenaires continentaux progresser dans des négociations commerciales à deux. Après l’annonce de lundi, le gouvernement de Justin Trudeau a rapidement réuni les plus hauts responsables de son équipe de négociation.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a écourté abruptement son voyage officiel en Europe, lundi, pour se précipiter à Washington. Elle a dit être restée en contact étroit avec le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, et le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo, tout au long des entretiens bilatéraux.

Gerald Butts, secrétaire principal du premier ministre Trudeau, Steve Verhuel, négociateur en chef du Canada, et d’autres hauts fonctionnaires ont gagné Washington mardi matin.

Une entente déjà étendue

Les négociateurs canadiens seront placés d’emblée devant un accord américano-mexicain qui va bien au-delà des enjeux qui divisaient ces deux pays — surtout les règles relatives au contenu des véhicules automobiles.

La nouvelle entente aborde en effet de nombreux autres points qui étaient considérés jusqu’ici comme trilatéraux lors des négociations depuis un an. Washington et Mexico se sont ainsi entendus sur des questions comme la propriété intellectuelle, les normes du travail, les services financiers et le commerce numérique — notamment le seuil à partir duquel les biens vendus en ligne seraient exemptés de droits de douane.

En outre, la nouvelle entente prévoit une « clause crépusculaire » de 16 ans, avec des révisions tous les six ans, a déclaré lundi un haut responsable de l’administration américaine. Or, le Canada avait rejeté une proposition précédente des États-Unis voulant que l’« ALENA 2.0 » soit renégocié tous les cinq ans.

Donald Trump, qui soutient que l’ALENA, signé par George Bush père, a été une arnaque pour les États-Unis, qualifie déjà l’annonce de lundi de grande victoire. Il a ensuite servi son ultimatum au Canada. « D’une façon ou d’une autre, nous avons un accord avec le Canada : ce sera soit un tarif sur les voitures, soit un accord négocié, a-t-il soutenu. Et franchement, un tarif sur les voitures serait beaucoup plus facile, mais peut-être que l’autre voie serait bien meilleure pour le Canada. »