Les résultats de Postes Canada plombés par l’équité salariale

La décision de l’arbitre portait sur le traitement des employés ruraux et urbains.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La décision de l’arbitre portait sur le traitement des employés ruraux et urbains.

Le groupe Postes Canada a perdu près de 200 millions d’avril à juin, ce que la société d’État impute essentiellement à la récente décision d’une arbitre en matière d’équité salariale selon laquelle les employés ruraux effectuent le même travail que leurs collègues urbains.

Après avoir généré un bénéfice avant impôts de 67 millions l’an dernier à la même période, l’entreprise a inscrit un manque à gagner de 190 millions cette fois et affirme que la décision en question est source d’incertitude sur le plan financier.


L’arbitre Maureen Flynn a reconnu le 31 mai dernier que les employés en milieu rural et suburbain font un travail égal à celui de ceux des grandes villes, et qu’il en résulte ainsi un écart salarial. Selon Postes Canada, la décision de l’arbitre a eu pour effet de générer une perte en raison des changements que la société a dû apporter aux régimes de retraite et autres avantages.

« Le processus d’arbitrage, toujours en cours, représente une source importante d’incertitude relative aux estimations pour la société », a affirmé Postes Canada dans ses documents financiers du deuxième trimestre.

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) et Postes Canada ont jusqu’au 31 août pour s’entendre sur le montant de cet écart salarial. À défaut d’une entente globale, les enjeux non résolus du dossier retourneront en arbitrage. Les ajustements salariaux seront rétroactifs à janvier 2016, a indiqué la société d’État.

« Postes Canada est tout à fait en mesure d’absorber une perte découlant d’un paiement unique », a rétorqué le STTP dans un communiqué. Selon le syndicat, ce paiement est lié à un dossier qui « traîne depuis des années ». Le groupe rural et suburbain est majoritairement composé de femmes, a-t-il signalé, et le salaire horaire est inférieur d’environ 25 % à celui des facteurs urbains.

« Pendant des dizaines d’années, Postes Canada a traité les factrices et facteurs ruraux et suburbains comme des travailleurs et travailleuses de seconde zone. Ceux-ci voient enfin la justice poindre à l’horizon. Postes Canada ne peut plus se défiler devant ce dossier », a affirmé le président du STTP, Mike Palecek, dont le syndicat représente environ 50 000 des plus de 60 000 employés de Postes Canada.

Déclin du courrier

Frappée depuis 2006 par un déclin continu des volumes de lettres et de factures, Postes Canada a dit que le courrier « transactionnel » a diminué de 6 % tandis que les volumes de colis, stimulés par le commerce en ligne, ont bondi de 24 %.

Les revenus de la société d’État dans leur ensemble, qui comprennent la filiale Purolator, ont atteint 2,1 milliards, en légère baisse par rapport à l’an dernier. Le bénéfice de 45 millions dégagé par la filiale Purolator a permis d’amenuiser la perte de 242 millions observée au sein de la filiale Postes Canada.

Au cours du deuxième trimestre, les volumes de lettres ont généré des revenus de 726 millions, comparativement à 501 millions pour les colis, 407 millions chez Purolator et 284 millions en marketing direct. Les livraisons de lettres ont chuté de 40 % depuis leur sommet en 2006.

La convention collective des employés urbains et ruraux a pris fin à la fin de 2017 et au début de 2018. Postes Canada et le STTP ont commencé les négociations, un processus marqué par l’implication de conciliateurs cet été.

Les discussions de 2016 avaient été ponctuées d’une menace de grève, jamais mise à exécution. Les conventions collectives mises en place n’étaient alors que d’une durée de deux ans, les parties ayant décidé de remettre à plus tard les gros enjeux tels que les régimes de retraite et l’équité salariale. Finalement, 63 % des facteurs ruraux ont accepté les ententes de principe, contre 55 % chez leurs collègues urbains.