La livre turque chute encore

La livre a perdu près de 40 % de sa valeur par rapport au billet vert depuis le début de l’année, et environ 22 % depuis un mois.
Photo: Yasin Akgul Agence France-Presse La livre a perdu près de 40 % de sa valeur par rapport au billet vert depuis le début de l’année, et environ 22 % depuis un mois.

La livre turque perdait lundi près de 3 % de sa valeur par rapport au dollar, à la réouverture de ses marchés après une semaine de fermeture à l’occasion de l’Aïd el-Adha, alors que les éléments qui ont contribué à son effondrement se maintenaient.

En début de séance, la livre turque perdait environ 3 % sur le dollar par rapport à la veille au soir, évoluant autour de 6,18 livres pour un dollar. Plus tôt, elle a même frôlé le seuil de 6,30 livres turques pour un dollar.

Les marchés turcs ont rouvert lundi après une semaine fériée en Turquie en raison de la fête musulmane du sacrifice. La semaine sera cruciale pour la devise turque, puisque les marchés européens seront plus actifs après les vacances estivales.

La livre a perdu près de 40 % de sa valeur par rapport au billet vert depuis le début de l’année, et environ 22 % depuis un mois. Sa chute, principalement due à la défiance des marchés à l’encontre des politiques monétaires menées par Ankara, a été précipitée ces dernières semaines par une grave crise diplomatique opposant les États-Unis et la Turquie. En raison de la détention pendant un an et demi puis de l’assignation à résidence d’un pasteur américain fin juillet, Washington a imposé début août des sanctions contre Ankara, qui a immédiatement répliqué.

Sous pression

« Je m’attends à ce que la livre reste sous pression pendant un moment, puisque les préoccupations structurelles qui ont tenu les opérateurs de marché loin des actifs turcs demeurent inchangées », estime Jameel Ahmad, analyste pour FXTM. « Les craintes à propos d’une surchauffe de l’économie, d’un déficit croissant des comptes courants, d’un conflit à propos de l’indépendance de la banque centrale et d’un bond imminent des pressions inflationnistes sont suffisantes pour dissuader les investisseurs d’acheter des livres », poursuit-il.

« La sensibilité du taux de change provoquée par les tensions entre nous [la Turquie] et les États-Unis continue », indique Seda Yalcinkaya Ozer, analyste chez le courtier Integral, ajoutant que les devises des marchés émergents étaient globalement plus faibles par rapport au dollar.

Lors d’une conférence téléphonique tenue avant la semaine fériée, le ministre turc des Finances, Berat Albayrak, a assuré aux investisseurs que la Turquie sortirait plus forte de la crise, assurant de la solidité des banques du pays et du soutien du gouvernement au secteur si nécessaire, reprend l’agence Reuters.

Autoritarisme

L’autoritarisme du président turc, Recep Tayyip Erdogan, et sa mainmise sur la politique monétaire alimentent par ailleurs les craintes des investisseurs sur la livre turque. Le président turc est opposé à une hausse des taux et l’inflation a atteint près de 16 % en juillet, le taux le plus élevé observé en plus de 14 ans.

Recep Tayyip Erdogan a déclaré samedi que l’engagement et la détermination des Turcs étaient la garantie nécessaire pour combattre les attaques contre l’économie du pays. Le président turc considère la chute de la livre comme le résultat d’une « guerre économique » contre la Turquie alors que les États-Unis ont doublé les droits de douane sur l’acier et l’aluminium turcs en représailles à l’emprisonnement du pasteur américain.

Avec Le Devoir