ALENA: le Canada dos au mur ou en position de force?

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland

Les observateurs restaient partagés sur la marge de manœuvre du Canada dans la renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) après l’annonce surprise lundi d’une entente commerciale entre les États-Unis et le Mexique.

Immédiatement après l’annonce de cet accord par le président Donald Trump, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a indiqué qu’elle serait de retour mardi à Washington « pour poursuivre les négociations » sur l’ALENA, en cours depuis un an, interrompant une tournée diplomatique qu’elle venait de débuter en Europe.

Justin Trudeau et Donald Trump ont eu pour leur part lundi une « discussion constructive » sur l’ALENA et « attendent avec intérêt que leurs équipes poursuivent les négociations cette semaine », a indiqué Ottawa.

L’annonce d’un accord commercial entre Washington et Mexico, conclu après cinq semaines de négociations bilatérales, n’est pas de bon augure pour le Canada, partenaire de l’ALENA depuis son entrée en vigueur en 1994, a estimé Avery Shenfeld, économiste à la banque CIBC.

« Le Canada sera placé devant une proposition qui sera à prendre ou à laisser, avec la menace pas du tout subtile que les États-Unis sont prêts à laisser le Canada de côté et à travailler sur une base bilatérale avec le Mexique », a écrit M. Shenfeld dans une analyse.

« Les États-Unis menacent d’adopter la ligne dure dans ces négociations », a-t-il ajouté, tout en croyant néanmoins que les parties arriveront à conclure un accord trilatéral.

« Le Mexique a usurpé notre rôle de partenaire commercial clé des États-Unis », a accusé à Ottawa l’opposition conservatrice au gouvernement libéral de Justin Trudeau.

« M. Trump veut obtenir une victoire rapide » avant les élections de mi-mandat, en novembre, « et il croit que [l’entente avec le Mexique] va mettre de la pression sur le Canada pour conclure un accord », a estimé de son côté Patrick Leblond, expert en commerce international à l’université d’Ottawa.

« La grande question est de savoir ce que les Américains veulent du Canada pour conclure un accord », a-t-il expliqué à l’AFP.

« Je ne crois pas que le Canada ait été pris de court », a pour sa part relevé Louis Bélanger, directeur de l’Institut des hautes internationales à l’université Laval à Québec.

« En fait, ce qui s’est passé, ce n’est pas que les Américains ou les Mexicains aient décidé d’aller plus vite entre eux, c’est simplement qu’au cours des derniers mois, les Américains sont arrivés à la table de négociations avec des demandes qui visaient expressément le Mexique, surtout en ce qui concerne leurs propositions dans l’automobile », a-t-il noté pour l’AFP.

Les représentants mexicains sont impatients de signer un nouveau traité avant la fin du mois, c’est-à-dire cette semaine, car ils veulent avoir l’approbation du corps législatif avant que le nouveau président mexicain élu, Andres Manuel Lopez Obrador, ne prenne ses fonctions le 1er décembre.

« Je ne vois pas comment cela va être possible », a toutefois estimé M. Bélanger, « à moins que l’administration américaine décide qu’elle a besoin d’un semblant de victoire » avant les élections de mi-mandat, et qu’elle « cède, sans avoir l’air de le faire » sur des points litigieux.

Pour le Canada, la stratégie pour la suite des choses, selon lui, est « d’essayer de profiter de la situation et du temps qui commence à manquer pour arracher encore davantage de concessions ou espérer que les Américains vont abandonner un certain nombre de leurs demandes ».

« Le scénario catastrophique » pour le Canada serait cependant que l’administration Trump « mette fin à l’ALENA et signe un accord partiel avec le Mexique. Mais il n’y a pas de logique derrière cela, car les demandes canadiennes et mexicaines, pour ce qui est des autres points qui ne sont pas liés à l’automobile, sont les mêmes ».