Wall Street peut-elle vraiment sombrer si Trump est destitué?

Le président américain s’attribue régulièrement la bonne santé de Wall Street, qui vient de battre un record de longévité sans crise majeure.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le président américain s’attribue régulièrement la bonne santé de Wall Street, qui vient de battre un record de longévité sans crise majeure.

Donald Trump a averti que Wall Street allait « s’effondrer » s’il était destitué, une affirmation laissant dubitatifs les observateurs du marché qui mettent en avant la bonne santé de l’économie et l’impact historiquement limité des ennuis judiciaires des présidents américains.

Le président américain s’attribue régulièrement la bonne santé de Wall Street, qui vient de battre un record de longévité sans crise majeure. Une prospérité alimentée de fait depuis son arrivée au pouvoir par les réformes sur la fiscalité et la déréglementation qu’il a engagées.

Mais ces politiques « peuvent très bien survivre sans lui […] puisque la majorité du Congrès est d’accord avec lui », remarque Charles Geisst, professeur de finance au Manhattan College et observateur de longue date des marchés financiers. « Il affirme qu’il est indispensable au marché. En réalité, cela tient plus de la coïncidence », note-t-il. De façon générale, l’effet d’un président sur les marchés est à ses yeux « plus symbolique que réel ».

[Le président] affirme qu’il est indispensable au marché. En réalité, cela tient plus de la coïncidence.

Même son de cloche pour Sam Stovall, à la tête de la stratégie d’investissements pour CFRA : les gros titres font bouger le marché, mais le cours des actions est sans conteste « lié aux résultats des entreprises », particulièrement étincelants en ce moment. Et même en cas de destitution, le vice-président Mike Pence qui s’installerait alors à la Maison-Blanche « peut être décrit comme “Trump sans les tweets” », ajoute-t-il. « Les politiques seront les mêmes, mais avec une dimension moins spectaculaire. »

Au pire, prédit le spécialiste, les indices pourraient à court terme chuter de 5 % à 10 %, voire de 20 %. Mais une destitution « ne mènera pas à la récession », affirme-t-il.

Effet sur la confiance

Le lancement d’une éventuelle procédure judiciaire serait source d’incertitude et pourrait entamer du coup la confiance des entreprises et des consommateurs.

Les observateurs du marché s’interrogent aussi sur la réaction d’un Donald Trump se sentant pris au piège. Déciderait-il par exemple de renvoyer le président de la Réserve fédérale Jerome Powell, dont il critique régulièrement la politique ?

Quid par ailleurs de la guerre commerciale tous azimuts engagée par le gouvernement Trump ? s’interroge John Normand, analyste chez JPMorgan. Le locataire de la Maison-Blanche pourrait par exemple décider de renforcer les sanctions contre la Chine « pour faire oublier les problèmes de politique interne », remarque-t-il.

Les investisseurs ont réagi avec beaucoup de mesure, les indices de Wall Street évoluant en ordre dispersé depuis que sont tombées mardi soir les décisions sur Michael Cohen et Paul Manafort.

« Mis à part un repli de panique en cas de gros titres désagréables », tout impact négatif « serait temporaire », assure Nicholas Colas, du cabinet de recherche Datatrek. « Le marché n’est guidé que par l’anticipation des résultats d’entreprises et les taux d’intérêt », insiste-t-il.

Quand Richard Nixon a démissionné en août 1974 dans le sillage du scandale du Watergate, l’humeur était morose sur les marchés depuis plus d’un an en raison du choc pétrolier et de la chute du dollar. Le départ du président a, selon Sam Stovall, peu influé sur des indices déjà mal en point.

Quand a été lancée une procédure de destitution contre Bill Clinton en 1998, les marchés avaient là aussi la tête ailleurs, entre la récente crise économique asiatique, la crise financière russe et la faillite de la société d’investissement LTCM. Mais la Bourse est revenue à un record avant même l’acquittement de M. Clinton. « Les investisseurs ont alors sans doute été rassurés par l’injection de liquidités de la Réserve fédérale et l’idée qu’une destitution du président ne mènerait probablement pas à la récession », estime Sam Stovall.