Malgré la guerre commerciale, Washington et Pékin discutent

À Guangzhou, en Chine, une affiche mentionnait la semaine dernière que les consommateurs américains allaient devoir payer 25 % plus cher, en conséquence de la guerre commerciale entre les deux pays.
Photo: Chinatopix via Associated Press À Guangzhou, en Chine, une affiche mentionnait la semaine dernière que les consommateurs américains allaient devoir payer 25 % plus cher, en conséquence de la guerre commerciale entre les deux pays.

De nombreux produits chinois et américains sont devenus 25 % plus chers jeudi, mais des négociations discrètes se poursuivent pour tenter d’éviter l’escalade entre Pékin et Washington tandis qu’un accord semble à portée de main avec le Mexique dans l’autre conflit commercial déclenché par Donald Trump.

Depuis jeudi, ce sont désormais pour 100 milliards de dollars d’échanges commerciaux entre les deux pays qui sont lourdement taxés. C’est un septième du total de leurs échanges et l’impact commence à se faire sentir et à inquiéter.

Pour tenter de trouver un terrain d’entente et mettre fin à ce cycle, des négociateurs américains et chinois discutent depuis mercredi dans la capitale américaine et dans la plus grande discrétion.

La tenue même de la rencontre qui s’est poursuivie jeudi a été perçue par les marchés comme un signe positif après une longue période sans contact, même si le président Trump a dit lundi ne pas « en attendre grand-chose ».

« Le fait qu’ils aient envoyé des subalternes laisse à penser qu’ils ne vont pas discuter des points les plus importants », a estimé jeudi l’ancien ministre du Commerce de George W. Bush Carlos Gutierrez sur CNBC.

Pour le gouvernement Trump, qui a déclenché les hostilités et qui accuse la Chine de pratiques « déloyales » et de « vol de propriété intellectuelle », l’objectif reste d’intensifier la pression sur le géant asiatique pour l’amener à réduire son colossal excédent commercial avec les États-Unis.

Face à Pékin, les États-Unis se sentent en position de force et le font savoir. « Nous avons beaucoup plus de munitions qu’eux. Ils le savent », a dit Wilbur Ross, ministre américain du Commerce.

« Notre économie est bien plus forte que la leur », a-t-il lancé, comptant sur « le patriotisme » des entreprises américaines pour faire contre mauvaise fortune bon coeur.

Pour augmenter encore la pression, le gouvernement américain envisage de taxer 200 milliards de dollars d’importations chinoises de plus.

Pékin, qui pourrait vite se trouver à court d’importations américaines à taxer, pourrait choisir d’accroître la pression réglementaire et fiscale sur les entreprises américaines installées en Chine, Boeing, Apple et groupes automobiles en tête.

Par ailleurs, le président Donald Trump a choisi le jour de la visite de la délégation chinoise pour se féliciter de l’adoption d’une loi (FIRRMA) renforçant le contrôle de Washington sur les investissements étrangers sur le territoire américain.

Cette loi donne davantage de marge de manoeuvre au CFIUS, le Comité sur les investissements étrangers, qui pourra désormais bloquer davantage de rachats ou de participations jugées délicates.

« Ils ne voleront plus nos compagnies, et particulièrement celles qui sont très complexes », a lancé le président Trump sans nommer précisément la Chine. « Nous protégerons les bijoux de propriété intellectuelle de l’Amérique des investissements étrangers nuisibles. »

ALENA : suite des discussions la semaine prochaine

Washington — Les discussions commerciales entre les États-Unis et le Mexique pour une refonte de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) n’ont « pas encore abouti » et vont « se poursuivre ce week-end et la semaine prochaine », a indiqué jeudi le ministre mexicain du Commerce à des journalistes à Washington.

Les négociations ont « bien avancé », a déclaré Ildefonso Guajardo, mais pour que le Canada — troisième signataire de l’accord originel, qui date de 1994 — puisse rejoindre la table de renégociations, « il nous faut continuer pendant tout le week-end et durant la semaine prochaine », a-t-il ajouté.

M. Guajardo et le ministre des Affaires étrangères mexicain, Luis Videgaray, font la navette entre Mexico et Washington depuis plus d’un mois pour tenter de trouver un terrain d’entente avec le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer. Plusieurs responsables avaient laissé entendre qu’un accord entre les deux pays était imminent, mais M. Guajardo a un peu douché cet enthousiasme. « Les négociations sont extrêmement complexes », a-t-il lancé aux journalistes avant de rentrer de nouveau en réunion.

Il a notamment prévenu que les sujets qui fâchent n’étaient pas encore résolus. Il s’agit en particulier de la clause de temporarisation (dite « crépusculaire »), un mécanisme de renégociation du futur traité tous les cinq ans que les Américains appellent de leurs voeux, mais auquel Mexicains et Canadiens sont farouchement opposés.