Énergie: le «charbon propre» vanté par Trump est coûteux

Le charbon représente 37% de la production électrique dans le monde, mais il est extrêmement polluant et génère environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre.
Photo: J. David Ake Associated Press Le charbon représente 37% de la production électrique dans le monde, mais il est extrêmement polluant et génère environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre.

Le « charbon propre » vanté par Donald Trump évoque une technique destinée à rendre l’utilisation du charbon moins polluante mais qui reste en réalité peu développée car très coûteuse.

Washington a annoncé mardi un nouveau projet de réglementation destiné à maintenir en vie des centaines de centrales au charbon, dont le président Barack Obama voulait précipiter la fermeture afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis.

Donald Trump a une nouvelle fois vanté les vertus du « charbon propre », un terme qu’il a déjà employé à plusieurs reprises par le passé, sans expliquer ce qu’il entendait exactement par là.

« D’abord, le charbon propre correspondait à un charbon débarrassé de ses impuretés et plus efficace thermiquement. Mais depuis un certain nombre d’années, on se réfère au charbon propre pour ses performances environnementales », explique Nicolas Berghmans, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), interrogé par l’AFP.

Le charbon représente 37 % de la production électrique dans le monde, mais il est extrêmement polluant et génère environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre.

« Il a un effet important sur le changement climatique, mais aussi un impact sur la pollution locale : on a des émissions de particules fines, de SO2 (dioxyde de soufre), potentiellement de mercure, qui sont nocives pour la population autour de la centrale », rappelle Nicolas Berghmans.

La principale piste pour rendre l’utilisation du charbon moins polluante est la technique dite de séquestration et stockage du carbone, qui consiste à capter le CO2 à la sortie des cheminées pour le stocker dans le sous-sol.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime qu’une « action urgente » est nécessaire pour soutenir cette technologie afin de limiter le risque climatique.

Il n’existe pourtant que deux grandes installations de séquestration et de stockage du carbone dans des centrales en activité : Petra Nova au Texas et Boundary Dam au Canada. Un autre gros projet au Mississippi a été abandonné.

Les capacités de captage de CO2 atteignent ainsi seulement 2,4 millions de tonnes par an, alors qu’il faudrait être en mesure d’atteindre les 350 millions de tonnes d’ici 2030 pour respecter les accords de Paris sur le climat, selon l’AIE.

La technologie rencontre en réalité un double obstacle : celui du choix d’un lieu pour le stockage (géologie appropriée, acceptation par les riverains) et surtout le coût. « Ça double à peu près les coûts de production d’électricité à charbon », souligne ainsi Nicolas Berghmans.

L’utilisation plus « propre » du charbon le rendrait ainsi très coûteux et encore moins compétitif en comparaison d’autres sources d’énergie bon marché aux États-Unis, les renouvelables et le gaz de schiste.

« La baisse de la production de charbon aux États-Unis n’est pas simplement due aux normes environnementales, mais à l’économie de la production électrique », fait observer Nicolas Berghmans.

Dans un rapport récent, l’AIE jugeait aussi qu’aux États-Unis, « la demande d’électricité stagnante, l’offre abondante de gaz et la croissance des renouvelables devraient continuer à constituer des obstacles pour l’utilisation du charbon et limiter la perspective d’une résurgence de la construction de nouvelles centrales électriques à charbon ».