Wall Street connaît sa plus longue période de croissance

Ponctuée de pauses, de légers reculs et de petites remontées, cette période de croissance de la Bourse américaine est loin d’être la plus forte de son histoire.
Photo: Richard Drew Associated Press Ponctuée de pauses, de légers reculs et de petites remontées, cette période de croissance de la Bourse américaine est loin d’être la plus forte de son histoire.

D’abord écrasée, il y a dix ans, par la pire crise financière depuis la Grande Dépression, puis dopée par la politique monétaire ultra-accommodante de la Fed et, plus récemment, par les généreuses baisses d’impôt de Donald Trump, la Bourse américaine établira ce mercredi un nouveau record pour la plus longue période haussière interrompue, et peut-être aussi la plus détestée.

À moins d’un revirement tout aussi spectaculaire qu’inattendu, l’indice de référence de Wall Street, le S P 500, devrait traverser, mercredi, sa 3453e journée d’affilée sans avoir connu de recul total d’au moins 20 %, ce qui l’aurait officiellement fait entrer alors dans un cycle baissier. Cela constituera un nouveau record qui effacera la marque précédente établie durant la période faste des années 1990 qui s’était achevée avec l’éclatement de la bulle technologique au début de 2000.

« C’est un symbole encourageant, car il signifie que l’enthousiasme demeure vivace dans ce marché », commente Sam Stovall, à la tête de la stratégie d’investissements pour CFRA.

Mardi encore, l’indice, qui regroupe les 500 plus grosses entreprises américaines, a touché, en cours de séance, le sommet historique de 2873,23 points, avant de retraiter un peu et de clôturer la journée en légère hausse de 0,21 % à 2862,96 points. En 2009, la faillite de Lehman Brothers, la débandade de Wall Street, la contagion de la crise à l’ensemble de la planète financière puis à l’économie mondiale lui avait fait perdre plus de la moitié de sa valeur, le laissant à seulement 666 points.

Détestée des marchés

Ponctuée de pauses, de légers reculs et de petites remontées, cette période de croissance de la Bourse américaine est loin d’être la plus forte de son histoire. Le S P 500 avait crû de 417 % durant les 3452 jours de bulle technologique, contre un peu plus de 320 % cette fois-ci, rappelait mardi le Wall Street Journal. Elle est toutefois presque deux fois plus longue que celle qui avait suivi le krach de 1929 et qui s’était étendue sur 57 mois, de 1932 à 1937, a souligné mardi le Financial Times.

Paradoxalement, elle n’a pas non plus été la plus appréciée des acteurs financiers, bien au contraire, a aussi fait remarquer le quotidien britannique. « Ç’a été le marché haussier le plus détesté de tous les temps, personne n’a jamais voulu y croire », y déclare Barry Gill, gestionnaire d’actifs chez UBS Assets Management. « Une grande partie des marchés a conservé à son égard un fort degré de scepticisme, en raison largement de l’ampleur et du caractère non orthodoxe des mesures de stimulation monétaire. »

C’est que l’actuelle période de croissance boursière s’est nourrie de la reprise économique, souvent poussive, qui a suivi la Grande Récession de 2008-2009, mais plus encore des efforts exceptionnels déployés par les banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine (Fed), qui, en réduisant et en maintenant ses taux d’intérêt à des niveaux planchers records et en injectant des milliards dans l’économie, a inondé les marchés de crédit facile.

À cela, sont venues s’ajouter récemment les baisses du taux moyen d’imposition des entreprises de 35 % à 21 % par le gouvernement républicain de Donald Trump, qui ont soutenu cette année des revenus d’entreprises « à inscrire dans le livre des records », selon la société de recherche DataTrek.

Problèmes d’atterrissage

Mais après une quasi-décennie d’envolée boursière, la question de l’atterrissage se pose avec insistance.

« Les marchés haussiers ne meurent pas de vieillesse, mais de peur », réagit M. Stovall, estimant que le principal danger provient des risques de récession aux États-Unis.

Or les analystes s’accordent à penser que, sauf accident majeur, aucun ralentissement n’est attendu à court terme.

« Je serais beaucoup plus inquiet si les résultats des entreprises ou les indicateurs économiques commençaient à ralentir, ce qui indiquerait la fin du cycle de croissance » affirme Art Hogan, stratège en chef des marchés pour B. Riley FBR, qui ne s’estime « pas inquiet de la longueur de ce cycle » boursier.

La hausse progressive des taux de la Fed, engagée depuis 2015, est de son côté surveillée dans la mesure où cette politique pourrait encourager les courtiers à rééquilibrer leur portefeuille au profit notamment de la dette américaine par l’entremise des bons du Trésor, moins risqués et de plus en plus rémunérateurs.

Ces taux évoluent toutefois encore à des niveaux très bas historiquement : d’après une étude menée par M. Stovall, « les taux d’intérêt doivent être au minimum de 1,5 point supérieur à l’inflation, ce qui correspondrait à 4 % actuellement, pour enclencher un marché baissier ». Ils évoluent actuellement entre 1,75 % et 2 %.

Avec l'Agence France-Presse