La Grèce sort de huit ans de plans d’aide internationaux

La Grèce est le dernier pays, après le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et Chypre, à émerger de l’aide qui leur a évité de sombrer pendant la crise, et d’entraîner peut-être la zone euro avec eux.
Photo: Louisa Gouliamaki Archives Agence France-Presse La Grèce est le dernier pays, après le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et Chypre, à émerger de l’aide qui leur a évité de sombrer pendant la crise, et d’entraîner peut-être la zone euro avec eux.

La Grèce a officiellement émergé, lundi, du troisième des plans d’aide aussi stricts qu’impopulaires sous lesquels elle vivait depuis 2010, sans pour autant en avoir tout à fait terminé avec l’austérité et les réformes.

« Pour la première fois depuis début 2010, la Grèce se tient debout sur ses deux pieds », s’est réjoui tôt lundi dans un communiqué Mario Centeno, président du Conseil des gouverneurs du Mécanisme européen de stabilité (MES), qui préside aussi l’Eurogroupe et a piloté le dernier programme.

Il a considéré l’événement comme le résultat de « l’effort extraordinaire du peuple grec, la bonne coopération avec l’actuel gouvernement grec et les efforts des partenaires européens », qui ont consenti prêts et aménagement de dette.

« L’économie, la société et tout le pays entrent désormais dans une nouvelle phase », s’est félicité lundi de son côté le porte-parole du gouvernement grec, Dimitris Tzanakopoulos, lors d’un entretien matinal à la radio athénienne RealFm.

Il a indiqué que le premier ministre, Alexis Tsipras, s’adresserait au peuple grec mardi, « premier jour de la sortie du programme » international.

Médecine de cheval

La Grèce est le dernier pays, après le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et Chypre, à émerger des plans d’aide internationaux qui leur ont évité de sombrer pendant la crise, et d’entraîner peut-être la zone euro avec eux.

Ayant reçu de de ses créanciers du Fonds monétaire international (FMI), de l’Union européenne (UE) et de la Banque centrale européenne au total 289 milliards d’euros de prêts en trois programmes (2010, 2012 et 2015), le pays a dû en échange réaliser une série de réformes violentes, dont certains créanciers eux-mêmes reconnaissent aujourd’hui qu’elles n’étaient pas toutes optimales, et qui lui ont fait perdre un quart de son PIB en huit ans, poussant le chômage à 27,5 % en 2013.

« Cela a pris plus de temps que prévu, mais je pense que nous y sommes », a ajouté M. Centeno : « l’économie grecque a recommencé à croître [avec un PIB en hausse de 1,4 % en 2017], il y a un excédent budgétaire […] et le chômage baisse régulièrement », tout en restant au niveau de 20 %.

« Le temps de l’austérité est terminé, mais la fin du programme n’est pas le bout du chemin de ces réformes », a cependant prévenu ce week-end le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

Pour la première fois depuis début 2010, la Grèce se tient debout sur ses deux pieds

Il a salué cependant lundi sur la radio France Inter une journée « historique » pour la Grèce. « La Grèce va pouvoir se financer seule sur les marchés […], définir sa propre politique économique, bien sûr en poursuivant les réformes », a-t-il ajouté.

« La Grèce a encore un long chemin à faire », a estimé aussi le gouverneur de la Banque de Grèce, Yannis Stournaras, dans une interview au quotidien Kathimerini dimanche.

Il s’est inquiété d’un possible « abandon » de la Grèce par les marchés si celle-ci rétropédale sur ses réformes.

Grâce à des aménagements de dette, essentiellement l’allongement de la durée de remboursement, obtenus auprès de ses pairs européens en juin, la Grèce estime cependant que ses besoins de financement seront couverts jusqu’à fin 2022, ce qui lui permettra de n’aller solliciter les marchés qu’aux moments propices. Mais sa dette est toujours de 180 % de son PIB, et le FMI la juge insoutenable à terme.

Le gouvernement rétorque que ses besoins de financement resteront cantonnés sous les 20 % du PIB recommandés par l’UE. La dette grecque « n’est pas insoutenable », assure un officiel grec, mais au contraire « hautement soutenable ».

Priorité aux Grecs

N’ayant eu d’autre choix depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2015 que de gouverner dans le cadre des plans, devant même accepter de nouvelles réformes en 2019 et 2020, Alexis Tsipras avait indiqué en juin qu’il voudrait désormais instaurer plus de « justice sociale ».

Car l’amélioration des chiffres ne se traduit pas encore dans la vie quotidienne des Grecs.

Le gouvernement a promis « des politiques de soutien social et d’allégement » des plus démunis, a réitéré Dimitris Tzanakopoulos.

« La Grèce a encore beaucoup de fleuves à franchir », titrait à la une, lundi, l’édition en anglais du quotidien droite-libéral Kathimerini invoquant l’économie « trop vulnérable et affaiblie du pays face aux turbulences des marchés ».

Les économistes, comme le professeur d’économie Nikos Vettas, jugent « impératif » de générer désormais « une très forte croissance », sans quoi « les ménages, déjà très affaiblis par dix ans de récession, continueront à souffrir ».