Monsanto donne des maux de tête à Bayer

Manifestation contre Monsanto à Bordeaux, en France, le 20 mai 2017
Photo: Georges Gobet Archives Agence France-Presse Manifestation contre Monsanto à Bordeaux, en France, le 20 mai 2017

Violemment attaqué en Bourse lundi, l’allemand Bayer souffre de la condamnation infligée aux États-Unis au géant des semences Monsanto, que le groupe pharmaceutique vient d’acquérir au prix fort au risque d’une cascade d’ennuis judiciaires.

Le titre Bayer dégringolait à la mi-journée de plus de 12 % à la Bourse de Francfort, à 81,79 euros, et voyait plus de 11 milliards d’euros de sa capitalisation partir en fumée. Un tribunal de San Francisco a condamné vendredi Monsanto à payer 289 millions de dollars d’indemnités pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide au glyphosate, à l’origine du cancer de Dewayne Johnson, un jardinier américain.

Le groupe américain a immédiatement annoncé son intention de faire appel et Bayer, qui a bouclé début juin le rachat de Monsanto pour 63 milliards de dollars, a défendu samedi l’innocuité du glyphosate, estimant que d’autres tribunaux pourraient « aboutir à des conclusions différentes ».

Mais cette déclaration n’a nullement rassuré les investisseurs, inquiets de l’impact sur les comptes de Bayer des milliers de procédures visant Monsanto aux États-Unis, à des degrés divers d’avancement. « Si chaque procès perdu coûte un quart de milliard de dollars, il n’en faut pas beaucoup pour que ça devienne assez cher », souligne auprès de l’AFP Michael Leacock, analyste chez MainFirst.

Selon lui, la facture « pourrait facilement atteindre 10 milliards de dollars » pour le nouveau mastodonte de l’agrochimie, en intégrant de possibles accords à l’amiable avec un grand nombre de requérants.

La banque Berenberg parvient, elle, à un chiffre inférieur de moitié, soit 5 milliards de dollars, sur la foi de litiges passés impliquant le laboratoire Merck, pour son anti-inflammatoire Vioxx, et même Bayer, attaqué pour son anticholestérol Baycol.

Le spectre du Roundup

Outre le risque juridique direct, le nouvel ensemble doit affronter l’incertitude sur l’avenir commercial de ce produit vedette, vendu depuis 1976 sous la marque Roundup.

« Si les consommateurs le considèrent comme dangereux, il y a un risque pour les ventes à long terme », estime M. Leacock.

Herbicide le plus utilisé au monde, depuis que le brevet détenu par Monsanto est tombé dans le domaine public en 2000, le Roundup est aussi accusé d’être néfaste pour l’environnement et de contribuer à la disparition des abeilles, ou encore d’être un perturbateur endocrinien.

Bayer a certes annoncé au printemps la disparition du nom sulfureux de Monsanto, déformé en « Monsatan » ou « Mutanto » par ses détracteurs, dès qu’il aura formellement intégré la firme de Saint-Louis.

Mais cette annonce de pure forme, puisque Bayer commercialisera à l’identique les semences et produits phytosanitaires de sa cible, ne solde en rien le passif judiciaire de Monsanto ni les controverses qui l’entourent.