La Turquie tente d’enrayer la débâcle de sa monnaie

Un tableau numérique mettait à jour différentes devises à Istanbul lundi. La livre, qui a perdu cette année plus de 40 % de sa valeur par rapport au dollar et à l’euro, s’est effondrée vendredi après un gazouillis ravageur de Donald Trump.
Photo: Yasin Akgul Agence France-Presse Un tableau numérique mettait à jour différentes devises à Istanbul lundi. La livre, qui a perdu cette année plus de 40 % de sa valeur par rapport au dollar et à l’euro, s’est effondrée vendredi après un gazouillis ravageur de Donald Trump.

La Turquie n’est pas parvenue lundi à stopper l’effondrement de sa monnaie alimenté par l’aggravation d’une crise diplomatique avec les États-Unis, accusés par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, de vouloir « frapper dans le dos » son pays.

Dans l’espoir de rassurer les marchés, la banque centrale de Turquie a annoncé lundi qu’elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auraient besoin et prendrait les « mesures nécessaires » pour assurer la stabilité financière.

Mais l’impact de cette annonce s’est estompé quelques heures plus tard lorsque le président Erdogan a accusé les États-Unis de vouloir « frapper dans le dos » la Turquie, provoquant un plongeon de la livre qui illustre l’inquiétude des marchés devant ces tensions diplomatiques.

La livre, qui a perdu cette année plus de 40 % de sa valeur par rapport au dollar et à l’euro, s’est effondrée vendredi après un tweet ravageur de Donald Trump, faisant souffler un vent de panique sur les places boursières qui redoutent un effet de contagion de la crise turque.

Gagnées par l’onde de choc de ce « Vendredi noir », qui a vu la livre perdre quelque 16 % de sa valeur face au billet vert, les Bourses de Tokyo et de Hong-Kong ont fortement baissé lundi. Les principales places boursières européennes et nord-américaines, déjà touchées vendredi, ont aussi clôturé la journée dans le rouge. En Europe, on craint notamment les risques d’exposition des banques européennes.

Chute de la livre

La livre, qui a pour la première fois franchi lundi la barre des sept pour un dollar, s’échangeait à 6,89 en début de soirée, soit une chute de plus de 6,7 % sur la journée. Après la panique de vendredi, la banque centrale a voulu rassurer lundi en annonçant plusieurs mesures. Elle a notamment révisé les taux de réserves obligatoires pour les banques, afin d’éviter tout problème de liquidités, et fait savoir qu’environ 10 milliards de livres, 6 milliards de dollars et l’équivalent de 3 milliards en or de liquidités seraient fournis au système financier.

La déroute de la livre s’est accélérée au cours des deux dernières semaines en raison de la grave crise dans les relations entre Ankara et Washington liée à la détention en Turquie d’un pasteur américain, Andrew Brunson. Sanctions réciproques, menaces, puis annonce vendredi sur Twitter par M. Trump du doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium turcs : les tensions entre ces deux pays alliés au sein de l’OTAN sont allées crescendo ces derniers jours, emportant la monnaie turque.

Outre ces problèmes diplomatiques bilatéraux, les économistes s’inquiètent de la mainmise sur l’économie de M. Erdogan, qui s’est renforcée après sa réélection en juin dernier.

Les marchés exhortent la banque centrale à redresser davantage ses taux pour soutenir la livre et maîtriser une inflation galopante qui a atteint près de 16 % en juillet en glissement annuel, mais le président turc s’y oppose farouchement.

Dans ses annonces lundi, la banque centrale n’a pas fait mention des taux, au grand dam des milieux économiques. Même la chancelière allemande, Angela Merkel, s’est invitée dans le débat, martelant lundi que « personne […] n’a d’intérêt dans la déstabilisation de la Turquie » et que « tout doit être fait pour que, par exemple, une banque centrale indépendante puisse opérer ».

Cette crise monétaire s’est étendue à la plupart des devises des pays émergents qui, comme le rand sud-africain, le peso argentin, le real brésilien et le rouble russe, plongent depuis quelques jours.

avec Luana Sarmini-Buonaccorsi à Ankara