Cette gestion de l’offre qui irrite M. Mulroney

Une étude de PwC concluait que 58 000 des 80 000 emplois seraient menacés dans le secteur avicole seulement, advenant la fin de la gestion de l’offre.
Photo: Peter Power La Presse canadienne Une étude de PwC concluait que 58 000 des 80 000 emplois seraient menacés dans le secteur avicole seulement, advenant la fin de la gestion de l’offre.

Les producteurs québécois ont vigoureusement répliqué aux sorties répétées de Brian Mulroney appelant à la fin du système de gestion de l’offre. Même Saputo, qui souffle le chaud et le froid sur cet enjeu en s’appuyant sur la diversification internationale de ses activités, croit que l’ex-premier ministre canadien va trop loin.

Ottawa a déjà ouvert une brèche dans le système de gestion de l’offre dans ses négociations conduisant à l’Accord économique et commercial global avec l’Europe et au Partenariat transpacifique. Mais Brian Mulroney estime qu’il faut en faire plus. L’ancien premier ministre reprend là où il a laissé l’an dernier pour multiplier dans l’Ouest canadien les plaidoyers pour l’abolition du système canadien. Il suffirait d’offrir de généreuses compensations aux producteurs et agriculteurs touchés pour éliminer un contentieux récurrent dans le cadre de négociations internationales, le conseiller du gouvernement fédéral dans ses relations avec les États-Unis donnant l’Australie et la Nouvelle-Zélande en exemples.

« On peut se demander pour qui M. Mulroney travaille. Une telle sortie à ce moment-ci ne peut que nuire aux négociateurs canadiens qui tentent de renouveler l’ALENA dans un contexte déjà très difficile […] Le Canada a beaucoup plus à perdre en abandonnant la gestion de l’offre, d’autant plus que ses références à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande sont erronées », peut-on lire dans une lettre du Mouvement pour la gestion de l’offre remise aux médias mercredi. Ce mouvement regroupe l’Union des producteurs, les Producteurs de lait, les Éleveurs de volailles, la Fédération des producteurs d’oeufs et les producteurs d’oeufs d’incubation du Québec.

On revient notamment à l’étude de PwC concluant que 58 000 des 80 000 emplois seraient menacés dans le secteur avicole seulement advenant la fin de la gestion de l’offre. Et à celle du Boston Consulting Group soulignant que la survie de plus de la moitié des exploitations laitières au pays serait compromise. « Depuis la déréglementation du secteur laitier en Australie en 2000, 55 % des fermes laitières ont disparu et la valeur de leurs exportations a chuté de 23 %. Le prix du lait aux producteurs a chuté de 14 % durant cette période, alors que celui au détail a grimpé de 31 % », ajoute le Mouvement dans une longue lettre.

Mis en place au Canada pour aider au maintien d’une certaine agriculture alors que d’autres pays optaient pour des subventions directes, le système de gestion de l’offre repose sur des tarifs commerciaux opposant aux importations étrangères une barrière protégeant un marché intérieur où les producteurs sont soumis à des quotas et à un contrôle des prix. Ce système de contrôle centralisé des quantités et des prix couvre grosso modo 40 % de l’agriculture québécoise. Il se veut aussi très présent en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Il apporte stabilité du revenu aux producteurs et d’approvisionnement aux transformateurs dans un contexte où l’industrie québécoise doit cohabiter avec la proximité « d’une puissance mondiale laitière et avicole », ont déjà souligné les représentants des producteurs de lait, de volaille et d’oeufs. Et alors que les États-Unis et l’Europe doivent multiplier les subventions pour stabiliser les revenus de leurs producteurs.

Elles sont nombreuses, les études mettant l’accent sur la pertinence, l’apport et les retombées du modèle retenu ici. Les chiffres de leur argumentaire se veulent plus convaincants que ceux appuyant la contre-argumentation. Aussi, les échecs associés à la déréglementation vécue dans certains pays se veulent probants. Il appartient à M. Mulroney de faire la démonstration qu’un système ayant confirmé sa fonctionnalité depuis près de 50 ans, qui a résisté à 12 accords commerciaux négociés avec 43 pays depuis 1994, peut être ainsi effacé du revers de la main au prix d’une compensation multimilliardaire.

D’autant que les agriculteurs américains n’en demandent pas tant. Et il faut se rappeler qu’ils se sont lancés l’an dernier à la défense de l’ALENA en l’état, les marchés canadien et mexicain étant respectivement leurs deuxième et troisième clients, derrière la Chine. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord en 1994, leurs ventes de produits agricoles et agroalimentaires ont presque quadruplé vers le Canada et ont été multipliées par cinq vers le Mexique.

En 2016, plus de 20,5 milliards de dollars de produits agricoles et agroalimentaires américains ont pris la direction du Canada, soit 15 % des exportations américaines totales. En tête des produits achetés par le Canada, les aliments transformés, suivis par les légumes et les fruits. Pour sa part, le Mexique a acheté au total pour 17,9 milliards de dollars aux fermiers américains, soit 13 % de leurs exportations, essentiellement auprès des producteurs laitiers et de maïs, pouvait-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.