La patronne de PepsiCo quitte l’entreprise

Indra Nooyi laisse un groupe ayant réalisé un chiffre d’affaires de 63,5 milliards l’an dernier et valant près de 165 milliards en Bourse.
Photo: Paul Morigi Getty Images Agence France-Presse Indra Nooyi laisse un groupe ayant réalisé un chiffre d’affaires de 63,5 milliards l’an dernier et valant près de 165 milliards en Bourse.

PepsiCo a annoncé lundi le départ de son emblématique patronne Indra Nooyi, une des rares femmes à diriger une multinationale américaine, au moment où les producteurs de sodas et d’en-cas sont aux prises avec des changements de goûts de consommateurs plus exigeants sur la qualité des aliments.

Mme Nooyi, qui a passé 24 ans dans le groupe, dont 12 à sa tête, sera remplacée le 3 octobre par Ramon Laguarta, un cadre dirigeant de la société qui fut le responsable des activités européennes. Elle-même restera présidente du conseil d’administration jusqu’au début de l’année 2019 pour assurer la transition.

« Ayant grandi en Inde, je n’aurais jamais imaginé avoir l’occasion de diriger une entreprise aussi extraordinaire », a déclaré Indra Nooyi, 62 ans, qui avait incité en septembre le groupe à élever M. Laguarta au poste de numéro 2 afin de le préparer à lui succéder. « Comme directrice générale, elle a fait croître notre chiffre d’affaires de plus de 80 % […] et a ajouté une nouvelle marque à un milliard de dollars quasiment tous les deux ans », a assuré Ian Cook, un membre du conseil d’administration.

Mme Nooyi laisse un groupe ayant réalisé un chiffre d’affaires de 63,5 milliards l’an dernier et pesant près de 165 milliards en Bourse. Elle était une des rares femmes à la tête d’une grande entreprise américaine : selon le cabinet Catalyst, seuls 5 % des 500 grosses entreprises cotées à Wall Street sont dirigées par des femmes, soit 25 p.-d.g. Avec le départ de Mme Nooyi, il n’en reste plus que 24. Denise Morrison chez Campbell Soup, Meg Whitman chez Hewlett-Packard et Irene Rosenfeld chez Mondelez ont également cédé les rênes récemment.

Indra Nooyi est aussi connue pour ses opinions politiques. Pendant la dernière campagne présidentielle, elle avait pris parti pour la démocrate Hillary Clinton. Après l’élection de Donald Trump, en novembre 2016, elle avait relayé les craintes de certains de ses employés en déclarant, lors d’un colloque à New York : « Nos employés, en particulier ceux qui ne sont pas Blancs ou qui sont LGBT, demandent : “Sommes-nous en sécurité ?”. »

Aux commandes depuis 2006

Elle a pris les commandes de PepsiCo en octobre 2006 et avait fait la promesse de diversifier l’entreprise pour la rendre moins dépendante de ses sodas (Pepsi), de ses boissons énergisantes (Gatorade) ainsi que de ses croustilles Doritos. Joignant les actes aux paroles, cette immigrée, arrivée aux États-Unis en 1978 grâce à une bourse de la prestigieuse université de Yale, a investi à tout va dans les produits nutritifs.

En parallèle, Indra Nooyi donne plus de moyens à la recherche et développement, encourage les experts du groupe à aller en Islande pour étudier les algues, en Afrique et en Amazonie pour s’instruire sur les bienfaits des plantes et des graines. Elle se fixe en 2010 l’objectif de tripler les recettes générées par les produits nutritifs à 30 milliards de dollars dans les dix ans.

Cette ambition a depuis été revue à la baisse, donnant une fenêtre de tir au financier américain Nelson Peltz, qui a fait son entrée au capital du groupe en 2011 par son fonds Trian. Jugeant que la diversification ne rapporte pas assez, M. Peltz exige de PepsiCo qu’elle se scinde en trois entités indépendantes : les sodas, l’activité d’embouteillage et les en-cas.

Mme Nooyi s’y oppose et procède à des coupes pour choyer les actionnaires avec de juteux dividendes et programmes de rachat d’actions. Sous sa férule, les actionnaires de PepsiCo ont vu leur retour sur investissement s’élever à 149 %.

Las, Nelson Peltz vend sa participation en 2016, mais la scission de l’entreprise reste d’actualité. D’autant que le secteur des boissons gazeuses non alcoolisées demeure pénalisé en Amérique du Nord par le déclin des ventes, les boissons sucrées étant liées à des maladies cardiovasculaires. Des municipalités américaines essaient d’adopter des « taxes soda » pour forcer les producteurs à changer.

PepsiCo, comme Coca-Cola, s’en remet beaucoup à l’augmentation de ses prix et à l’introduction de nouveaux contenants afin d’arrêter l’érosion du chiffre d’affaires des sodas.