L’économie à la demande s’inscrit dans la normalité

53% des millénariaux ont dit travailler de façon contractuelle ou temporaire pour gagner un revenu d’appoint, révèle le sondage réalisé par BMO Gestion financière.
Photo: Getty Images 53% des millénariaux ont dit travailler de façon contractuelle ou temporaire pour gagner un revenu d’appoint, révèle le sondage réalisé par BMO Gestion financière.

L’économie dite à la demande, faisant appel aux travailleurs contractuels ou temporaires, s’inscrit désormais dans la normalité. On ne peut toutefois pas conclure à une précarisation du marché de l’emploi, ce statut de travailleur atypique étant un choix pour nombre d’entre eux.

L’emploi permanent, à temps plein ou partiel sans date de fin prédéterminée, reste la dominante au Canada, regroupant 87 % des employés en 2016, soit un taux inchangé depuis 2010. À l’autre bout de la lorgnette, Statistique Canada chiffre à 2,2 millions les Canadiens répondant à la définition de travailleurs temporaires en 2017. Mais derrière ces données se profile une économie à la demande augmentant à un rythme « phénoménal » et ne montrant aucun signe de ralentissement, indique une étude publiée lundi par BMO Gestion de patrimoine.

L’institution financière reprend les conclusions d’un rapport d’une grande agence de placement temporaire au Canada. « Les organisations embauchent une gamme de travailleurs de ce type, qui composent déjà entre 20 et 30 % de leurs effectifs, et plus d’un employé sur quatre est un travailleur autonome », conclut-il. Les changements technologiques faisant particulièrement ressentir leur effet sur le marché du travail, « 85 % des entreprises interrogées dans le cadre du rapport prévoient une augmentation de leur “personnel agile” au cours des prochaines années », la prédominance étant accordée aux travailleurs indépendants et aux sous-traitants rémunérés à la tâche ou pour des contrats de courte durée.

2,2 millions
C'est le nombre de Canadiens répondant à la définition de travailleur temporaire en 2017, selon Statistique Canada.

BMO revient sur les données de Statistique Canada, indiquant qu’à 6,3 % à la fin de 2017, le taux de chômage se maintient au-dessus des 6 % observés en 2007, avant la crise. Ce taux demeurait particulièrement élevé chez les 15 à 24 ans, à 11,6 % à la fin de 2017 contre 11,2 % dix ans plus tôt.

Faut-il voir derrière cette image une précarisation du marché de l’emploi ? « Non, répond Chris Buttigieg, directeur de l’Institut Info-Patrimoine de BMO Gestion de patrimoine. L’emploi à temps plein et permanent est toujours le même, mais les employeurs et ces travailleurs indépendants adoptent cette façon de travailler pour répondre à leurs propres besoins. » Si le quart des travailleurs à temps partiel ou à forfait disent choisir ce statut faute de pouvoir trouver un emploi permanent à temps plein, 27 % le font par préférence personnelle et 28 % en raison d’études ou de responsabilités personnelles ou familiales.

Différences générationnelles

L’étude de BMO Gestion de patrimoine, reposant sur un sondage effectué auprès de plus de 1000 propriétaires de petites entreprises canadiennes, « aide à montrer pourquoi les baby-boomers, les milléniaux et les membres de la génération X ont adopté l’économie à la demande. Les quatre premières raisons citées sont : autonomie et contrôle (49 %), revenu d’appoint (49 %), juste équilibre entre la carrière et la famille (42 %) et seul moyen de gagner un revenu (27 %) », ajoute l’institution financière.

Par cohorte d’âge, « on remarque que les baby-boomers étaient plus susceptibles d’accorder de l’importance à l’autonomie et au contrôle (70 %). À l’aube de l’âge d’or, certains travailleurs pourraient vouloir plus de flexibilité pour quitter peu à peu la population active ou, au contraire, continuer à travailler et bonifier leur revenu de retraite. Cela peut être dû au manque d’épargne pour la retraite, ou au fait qu’ils fournissent peut-être un soutien financier aux enfants et petits-enfants. Les motivations des milléniaux étaient plutôt de gagner un revenu d’appoint (53 %) et de travailler à la demande jusqu’à ce qu’ils trouvent un emploi plus avantageux (30 %). De leur côté, les membres de la génération X souhaitent plus que les autres groupes pouvoir trouver le juste équilibre entre la carrière et la famille (52 %). C’est probablement dû au fait que nombre d’entre eux doivent, à cette étape de leur vie, élever des enfants et aider leurs parents âgés. »

Dans un échange de courriels, Chris Buttigieg rappelle toutefois qu’il serait prudent d’être conscient des conséquences de ces choix, « car cela influe sur les décisions financières et la richesse des Canadiens qui sont engagés de cette façon ». Au moment de nommer leurs trois plus grandes difficultés, les participants à l’étude ont cité l’absence d’avantages sociaux comme l’assurance maladie, l’assurance soins dentaires et l’assurance invalidité (citée par 69 % des répondants), l’absence de rémunération en cas de maladie (55 %) et la rémunération insuffisante (41 %).