Québec débloque 8 millions pour la filière de l’hydrogène

Le projet financé par Québec, Ottawa et Harnois Groupe pétrolier doit permettre de tester 50 véhicules Mirai de Toyota.
Photo: Michel Euler Associated Press Le projet financé par Québec, Ottawa et Harnois Groupe pétrolier doit permettre de tester 50 véhicules Mirai de Toyota.

Le gouvernement Couillard vient de concrétiser sa volonté de développer la filière de l’hydrogène au Québec en accordant des subventions de plus de 8 millions de dollars à Transition énergétique Québec (TEQ) pour permettre la mise en oeuvre de deux à quatre projets pilotes d’ici trois ans. Un investissement jugé stratégique par TEQ, mais injustifié par un spécialiste des questions énergétiques.

Un décret rendu public la semaine dernière a révélé que le gouvernement du Québec accordera 8,25 millions en subventions à TEQ, une société d’État qui a vu le jour en avril 2017, pour « la mise en oeuvre de projets pilotes de véhicules électriques à hydrogène » d’ici 2021.

Une première tranche de 6,2 millions sera versée lors de l’année financière en cours pour financer deux stations-service « multiénergies » permettant notamment le ravitaillement en hydrogène.

La première station sera située à Québec et devrait être opérationnelle au début de 2019. Le projet financé par Québec (2,9 millions), Ottawa (1 million) et Harnois Groupe pétrolier (2 millions) doit permettre de tester 50 véhicules Mirai de Toyota, que le gouvernement du Québec louera aux employés de ses ministères et organismes.

La présidente-directrice générale de TEQ a indiqué en entrevue au Devoir qu’une deuxième station-service semblable devrait être construite dans « la grande région de Montréal » l’an prochain, à la suite d’un appel d’offres qui devrait être lancé d’ici septembre. TEQ investira là aussi près de 3 millions.

Mme Gélinas espère d’ici là élargir la flotte de véhicules à hydrogène pouvant profiter de ces nouvelles infrastructures. « On va commencer des discussions avec les autres manufacturiers qui ont des véhicules à hydrogène et qui se cherchent des bancs d’essai. On parle de Hyundai et de Honda en particulier. »

Des 8,25 millions versés par Québec à TEQ, les quelque 2,1 millions restants permettront à la société d’État d’appuyer d’autres projets pilotes qu’on lui présenterait d’ici 2021. « On s’est gardé de l’argent de côté pour en financer peut-être deux autres », explique Mme Gélinas.

Investissements « parcimonieux »

Les sommes octroyées la semaine dernière par décret s’inscrivent dans la volonté du gouvernement Couillard de développer la filière de l’hydrogène dans la province, comme indiqué dans son budget 2018-2019. Celui-ci prévoit des investissements totaux de 17,2 millions sur trois ans.

« Il faut voir l’hydrogène comme un sujet d’intérêt pour les prochaines étapes de l’électrification des transports dans un contexte de transition énergétique, a déclaré le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, au moment de dévoiler le projet de station-service de Québec en juin dernier. Pour mettre en oeuvre des mesures efficaces demain, il faut s’y intéresser aujourd’hui. »

« Pour nous, c’est une source d’énergie qui mérite d’être examinée, et on la regarde avec des investissements que l’on considère tout compte fait comme parcimonieux », acquiesce Johanne Gélinas.

Quel gain pour le Québec ?

Les sommes en jeu ne sont peut-être pas colossales, mais cet argent serait mieux investi ailleurs, soutient le professeur de l’Université de Montréal Normand Mousseau, qui a coprésidé en 2013 la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec.

« Ce serait intéressant si on était impliqués dans du développement technologique. Si c’est seulement pour tester des autos ou des camions, j’ai de la difficulté à comprendre quel est le gain pour le Québec », affirme-t-il.

« Si on avait quelques joueurs au Québec dans le domaine de l’hydrogène, on pourrait investir pour permettre à nos compagnies de développer un marché local et créer une vitrine pour l’exportation de produits. Mais ce n’est pas ça qu’on dit. On dit à une compagnie étrangère [Toyota] : “Viens t’installer ici, tu ne construis rien, tu n’as pas de laboratoire de recherche, tout ce que tu as à faire, c’est de tester tes machines ici.” Je ne vois pas quel est l’intérêt, insiste-t-il. Il y a plein d’endroits où on pourrait investir les 8 millions, en technologie ou en savoir-faire, pour qu’il y ait de vraies retombées pour le Québec. »

Ces critiques s’ajoutent à celles d’organisations comme l’Association des véhicules électriques du Québec, qui soutient que la filière des voitures à hydrogène n’est pas économiquement rentable.

Pas de compétition

La p.-d.g. de TEQ reconnaît que, pour l’instant, les coûts de production de l’hydroélectricité québécoise sont de loin inférieurs à ceux de l’hydrogène. Elle note cependant que l’hydrogène est une source d’énergie non polluante — sa combustion ne produit que de la vapeur d’eau — qui pourrait surtout servir l’industrie du transport de marchandises.

Il ne faut donc pas opposer le véhicule électrique au véhicule à hydrogène, répète Johanne Gélinas, mais plutôt considérer l’hydrogène comme une source d’énergie complémentaire. « Il y a des gens qui pensent qu’il y a une compétition entre l’un et l’autre. C’est comme à l’époque du Beta et du VHS : qui va gagner ? Nous ne sommes pas du tout dans cet esprit-là, nous en sommes à préparer l’avenir. »