Comcast renonce à Disney

«Il est clair que la direction de Disney et son conseil d'administration ne sont pas intéressés par un rapprochement entre Comcast et Disney. Par conséquent, nous avons retiré notre offre», a annoncé hier Brian Roberts, le p.-d.g. du câblo-opérateur aux 21 millions d'abonnés aux États-Unis.

Non seulement cette offre évaluée à 66 milliards $US le 11 février pesait lourdement depuis deux mois et demi sur l'action de Comcast, mais M. Roberts s'était aussi heurté à une position très ferme de la direction de Disney, qui n'a pas varié d'un iota pendant cet intervalle. Pas question de n'offrir aux actionnaires qu'une faible prime ne reflétant pas la valeur des trésors de Walt Disney (studios de cinéma, chaînes de télévision ABC, ESPN, parcs à thèmes...), estimaient, à l'unisson, les administrateurs et les actionnaires remontés contre la gestion Eisner.

Alors que depuis quelques jours, les analystes prédisaient à mi-mots ce renoncement, Comcast a décidé de passer à l'acte au lendemain d'une réunion du conseil d'administration de Disney en forme d'heureuse surprise pour son p.-d.g. «Le conseil d'administration continue d'avoir entière confiance en Michael Eisner, Bob Iger [le numéro deux du groupe] et les autres dirigeants ainsi que dans leur plan stratégique consistant à renforcer la position de leader mondial du divertissement familial», selon un communiqué publié tard mardi soir.

Les conjectures sur l'avenir d'Eisner allaient bon train pourtant, depuis que George Mitchell, tout juste propulsé président du conseil, avait admis à la mi-mars «des discussions à propos de la succession».

Les événements du 3 mars n'avaient pas calmé les plus virulents des anti-Eisner, réclamant le départ pur et simple du patron de 20 ans. Ce jour-là, à l'issue d'une assemblée générale d'actionnaires où il avait essuyé un vote de défiance de 45 %, Michael Eisner s'était vu retirer son poste de président du conseil d'administration. Le point culminant était atteint, après une fronde de trois mois lancée par Roy Disney, neveu du fondateur, accusant Eisner de négliger la créativité au profit du seul marketing.

Le retrait de l'offre de Comcast, récompensant selon certains l'esprit de «résistance» des dirigeants de Disney, est donc la première bonne nouvelle pour M. Eisner depuis de nombreuses semaines. Outre la révolte d'actionnaires, le film à très gros budget Alamo, qu'il a défendu personnellement, a fait récemment un flop retentissant aux États-Unis. De plus, Disney a été contraint de changer l'équipe de direction de sa chaîne de télévision ABC.

«Le retrait de Comcast ne signifie pas nécessairement qu'il n'achètera jamais Disney, mais suggère que l'équipe de Mitchell et Eisner a résisté à ces avances. Il reste des chances que Disney soit racheté, même si elles sont très faibles», a commenté hier Jordan Rohan, analyste de la maison de courtage Schwab Soundview Capital Markets. Selon lui, l'action de Disney ne devrait souffrir que légèrement et temporairement de cette annonce, car le groupe californien continue de témoigner d'une grande solidité, «particulièrement dans les parcs à thèmes et les studios de cinéma».

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