Les victimes américaines du président Trump

Symbole suprême du capitalisme américain, Harley-Davidson prévenait mardi ses actionnaires d’une détérioration de ses marges bénéficiaires. 
Photo: Guillaume Souvant Agence France-Presse Symbole suprême du capitalisme américain, Harley-Davidson prévenait mardi ses actionnaires d’une détérioration de ses marges bénéficiaires. 

Cette guerre commerciale est à peine déclenchée que déjà les victimes se font nombreuses dans le camp américain. Et c’est sans compter les dommages macroéconomiques à venir, pour l’instant atténués par une économie fonctionnant à son plein potentiel.

Hier Harley-Davidson, aujourd’hui Whirlpool et GM, demain Boeing, Deere, Carterpillar… Les acheteurs immobiliers américains paient déjà leur tribut des droits punitifs imposés sur le bois d’oeuvre canadien.

Pour leur part, les agriculteurs américains s’accrochent désormais à l’aide financière de Washington visant à compenser les effets de la riposte et leur impact sur le prix des matières premières.

Que dire aussi des imprimeurs, des éditeurs et de la presse américaine, ébranlés par la révolution numérique, qui peinent à absorber le choc des tarifs douaniers sur le papier canadien importé. Et nous n’en serions qu’au premier stade d’une escalade appréhendée.

Symbole suprême du capitalisme américain, Harley-Davidson prévenait mardi ses actionnaires d’une détérioration de ses marges bénéficiaires. Les tensions commerciales ajouteront 2200 $US au prix au détail de ses motos, une addition à la facture que le fabricant entend absorber le temps de délocaliser sa production destinée au marché européen.

Whirlpool, partisan de la première heure de l’application de tarifs douaniers sur les importations d’aluminium et d’acier, déchante aujourd’hui. Le fabricant d’appareils électroménagers y voyait une contrainte bienfaisante à la concurrence étrangère, venant essentiellement de la Corée.

Or, « les prix de l’acier, matériau utilisé par Whirlpool dans la fabrication de ses produits “blancs”, flambent. Ils sont actuellement de 60 % plus élevés aux États-Unis comparés au reste du monde », déplore l’entreprise située au Michigan, qui ajoute que « les incertitudes entourant les tarifs douaniers perturbent la chaîne d’approvisionnement » et exercent une pression sur les marges bénéficiaires.

Sans compter l’accroissement de la concurrence étrangère en territoire américain. LG est en train d’investir 250 millions dans une usine au Tennessee qui emploierait environ 600 personnes, tandis que Samsung a repris un ancien site de Caterpillar en Caroline du Sud dans lequel il prévoit d’injecter au total 380 millions, peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

GM aussi affirme souffrir de l’imposition d’une taxe sur l’acier et l’aluminium, ces matériaux comptant pour la moitié des composants entrant dans la fabrication d’un véhicule. Le géant américain de l’automobile a abaissé mercredi ses cibles pour 2018. L’envol de leur prix a augmenté les coûts de GM de 300 millions comparativement à il y a un an, a-t-il déploré.

Et l’application d’une taxe sur le secteur automobile n’en est encore qu’au stade de la menace ! Cette industrie est aujourd’hui à ce point mondialisée et les chaînes de production toujours plus intégrées que Peter Welch, patron de la Fédération des vendeurs automobiles, a calculé que de telles taxes pourraient entraîner la perte de 715 000 emplois aux États-Unis et ôter près de 60 milliards au PIB américain sous le poids d’une diminution des ventes et de l’augmentation des prix.

Le gouvernement Trump commence, à peine, à reconnaître les contrecoups internes de cette guerre commerciale qu’il engendre. L’annonce, mardi, d’une aide financière de 12 milliards en appui aux agriculteurs touchés par les mesures de représailles aux tarifs douaniers appliquées par leurs partenaires commerciaux en est une illustration.

Mais il faudra également penser à tous ces consommateurs américains qui vont devoir assumer une partie ou la totalité de la hausse du prix des métaux, des matériaux, des matières agricoles et des produits importés.

Il faudra également se rappeler qu’avec une économie frôlant son plein potentiel et son plein-emploi, le protectionnisme et la stimulation économique à grande échelle feront sentir leur effet amplificateur sur la devise américaine, sur l’inflation et, par ricochet, sur les taux d’intérêt, dont la hausse attendue pourrait être plus prononcée. Et leur effet de rétroaction sur les dépenses de consommation, sur les déficits, sur l’endettement, public et privé, et sur la valorisation boursière. S’ajoute le risque inflationniste accru venant de la progression des cours pétroliers, des pressions haussières sur les salaires et, désormais, de la multiplication des tarifs douaniers.

Les économistes le martèlent. Cette guerre commerciale ne fait qu’ajouter à la liste de mauvaises politiques appliquées au mauvais moment et ne peut que produire des résultats inverses à ceux souhaités par Donald Trump sur la conjoncture économique, sur le déficit commercial et sur le pouvoir d’achat des Américains.

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