La Chine se défend de manipuler sa monnaie

La monnaie chinoise a perdu 8% de sa valeur face au billet vert depuis avril.
Photo: Agence France-Presse La monnaie chinoise a perdu 8% de sa valeur face au billet vert depuis avril.

La Chine rejette du revers de la main les dénonciations de Donald Trump l’accusant de manipuler sa monnaie. Même si Pékin risque de se retrouver rapidement à court de munitions dans une guerre commerciale qui se dessine entre les deux poids lourds, l’arme du taux de change aurait une portée limitée.

« La Chine n’a aucune envie de soutenir ses exportations par des dévaluations compétitives », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang. « Le taux de change est fixé par l’offre et la demande sur le marché. Parfois il baisse et parfois il monte. » En fait, la banque centrale de Chine fixe chaque jour le taux pivot du yuan face au dollar, autour duquel il peut évoluer de plus ou moins 2 %.

La monnaie chinoise a perdu 8 % de sa valeur face au billet vert depuis avril.

Le président américain, Donald Trump, a accusé vendredi la Chine, mais aussi l’Union européenne, de dévaluer artificiellement leur monnaie afin d’avantager leurs exportateurs. « La Chine, l’Union européenne et les autres manipulent leur monnaie en baissant leurs taux d’intérêt alors que les États-Unis augmentent leurs taux avec un dollar devenant de plus en plus fort, jour après jour, ce qui dégrade notre compétitivité », a dénoncé le président américain dans un tweet. Le locataire de la Maison-Blanche avait, la veille, critiqué la Réserve fédérale pour sa politique de hausse du loyer de l’argent. « Parce que nous sommes en croissance, ils veulent relever encore les taux d’intérêt. Je ne suis pas content de cela », avait-il écrit, pour ajouter : « Regardez l’euro […] il tombe ! La Chine : leur monnaie est en chute libre. Cela nous met dans une position désavantageuse. »

Si les investis­seurs anticipent une baisse importante de la valeur du yuan, ils pourraient souhaiter retirer massive­ment leurs avoirs.

Au-delà de cette rhétorique, Pékin aurait effectivement peu avantage à manipuler sa devise. Dans une étude publiée le 17 juillet, Hendrix Vachon, économiste principal au Mouvement Desjardins, soutient qu’une dévaluation orchestrée pourrait théoriquement faire partie de l’arsenal de Pékin, d’autant qu’une riposte au coup par coup à l’escalade des tarifs imaginée par Washington se heurte à l’asymétrie des échanges commerciaux entre les deux pays. « Les États-Unis importent pour environ 500 milliards de dollars de biens provenant de la Chine et en exportent pour environ 130 milliards », souligne-t-il.

Or, l’effet du taux de change n’est pas bilatéral. Un débordement pourrait inciter d’autres pays à recourir aux restrictions commerciales contre la Chine ou à faire écho au jeu de Pékin. « Il y a aussi un enjeu important en matière de flux de capitaux. Si les investisseurs anticipent une baisse importante de la valeur du yuan, ils pourraient souhaiter retirer massivement leurs avoirs. » Certes, les autorités chinoises disposent amplement de réserves de change pour compenser ces flux négatifs de capitaux, mais selon l’ampleur de la réaction, la Chine pourrait devenir plus vulnérable à d’éventuels chocs.

Surtout, Pékin n’a qu’à laisser libre cours aux forces du marché. « Si les mesures commerciales américaines affectent négativement l’économie chinoise, cela générera des pressions naturelles à la baisse sur le yuan. La divergence entre les politiques monétaires américaine et chinoise pourrait aussi affecter le taux de change », écrit l’économiste.