Ces patrons qui ont oublié d’y réfléchir à deux fois avant de parler

Elon Musk, président-directeur général du fabricant automobile Tesla
Photo: Joshua Lott Getty Images / AFP Elon Musk, président-directeur général du fabricant automobile Tesla

Près de deux jours après avoir qualifié de pédophile un spéléologue britannique qui a fait partie de l’opération de sauvetage des 12 jeunes et de leur entraîneur en Thaïlande, le patron de Tesla s’est excusé dans la nuit de mardi à mercredi. L’affaire soulève toutefois des questions sur le rôle que devrait jouer un conseil d’administration face à un p.-d.g. qui, un jour, dérape en public.

« Au moins, il s’excuse », dit Michel Magnan, titulaire de la Chaire de gouvernance d’entreprise Stephen-A.-Jarislowsky à l’Université Concordia. Il s’est également intéressé au cas de Michael O’Leary, le patron du transporteur européen au rabais Ryanair, dont les citations controversées ne se comptent plus.

L’histoire a débuté en début de semaine. L’insulte d’Elon Musk à l’endroit de Vernon Unsworth est survenue après que le spéléologue eut estimé que l’offre de M. Musk d’envoyer un sous-marin miniature pour sortir les enfants coincés dans une grotte inondée était un « coup de pub ». M. Musk a alors attaqué M. Unsworth sur Twitter — sans le nommer explicitement — pour le qualifier de « pédo ». Le fondateur de Tesla a par la suite parié « un dollar signé que c’est vrai », après quoi les messages ont soudainement disparu.

Au moins, [Elon Musk] s’excuse

« En matière de gouvernance, c’est le genre de zone qui est non balisée », dit M. Magnan. Les règles qui encadrent les communications de nature financière et la divulgation continue sont claires. « On ne peut pas niaiser avec ça, parce qu’il peut y avoir des amendes, des pénalités ou des sanctions », dit-il, et le conseil d’administration en fait un objet de surveillance. « Mais ici [avec les récents propos de M. Musk], on tombe dans une zone grise. »

Un cas particulier

Dans la mesure où un bon nombre de p.-d.g. n’ont pas de compte Twitter ou Facebook, souvent « tout passe par les relations médias » de l’entreprise, dit M. Magnan. En temps normal, il pourrait être de mise qu’un président du conseil avise le chef de la direction qu’il va trop loin, voire que son comportement porte atteinte à la réputation de l’entreprise.

Le cas d’Elon Musk, cependant, est particulier. Non seulement fait-il un usage extrêmement généreux de Twitter, mais en plus il est lui-même président du conseil de Tesla, ayant d’ailleurs survécu à une proposition visant à l’évincer du rôle lors de la dernière assemblée. Son frère Kimbal fait aussi partie du conseil, tout comme l’ex-directeur financier de SolarCity, filiale de Tesla.

En présentant ses excuses, M. Musk a dit que les agissements de M. Unsworth « contre moi ne justifient pas mes agissements contre lui et, pour cela, je présente mes excuses à M. Unsworth et aux entreprises que je représente en tant que dirigeant ». Il a ajouté que « la faute [lui] revient entièrement ».

L’action de Tesla évolue en dents de scie depuis des mois. L’épisode a apporté de l’eau au moulin de ceux qui, se basant sur d’autres exemples, s’interrogent sur les capacités de M. Musk à diriger l’entreprise au moment où celle-ci est sous très haute pression pour produire ses nouveaux Model 3.

Quant au patron de Ryanair, Internet regorge de sites ayant recensé les propos méprisants qu’il a tenus au fil des ans. Au sujet des passagers qui oublient d’imprimer leurs cartes d’embarquement, il a déjà dit que « nous devrions leur facturer 60 euros [un peu plus de 90 $CAN) pour leur stupidité ». Au sujet de son entreprise, il a dit : « Je suis le patron le moins payé et le moins apprécié. Je suis payé environ 20 fois plus que l’employé moyen de Ryanair et je pense que l’écart devrait être plus grand. »