Les États-Unis, grands perdants potentiels de la guerre commerciale, dit le FMI

La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde

Les États-Unis, qui multiplient les mesures protectionnistes contre leurs partenaires, pourraient être les grands perdants de la guerre commerciale qui se dessine, a estimé mercredi le FMI, qui a élaboré quatre scénarios pour tenter d’évaluer les conséquences du conflit.

« Alors que tous les pays seront à terme plus affaiblis, l’économie américaine est particulièrement vulnérable parce qu’une grande part de son commerce sera sous le coup de mesures de représailles », juge dans un blogue Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), dans la perspective de la réunion du G20 Finances cette semaine à Buenos Aires. « Et une réduction du PIB ne sera pas le seul coût », prévient-elle.

Jusqu’alors, la dirigeante de l’institution de Washington martelait qu’une guerre commerciale ne ferait que des perdants. Mi-juin, lors de la présentation de la dernière évaluation de l’économie américaine, elle avait évoqué le conflit nourri des États-Unis et de la Chine, évoquant des ondes de choc pour les deux premières puissances mondiales.

Maurice Obstfeld, l’économiste en chef du FMI, s’était montré plus pessimiste lundi, estimant que les tensions commerciales représentaient « la plus grande menace à court terme pour la croissance mondiale » à l’occasion de la publication des prévisions actualisées pour la croissance mondiale.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a pris ces derniers mois un virage résolument protectionniste en imposant tous azimuts des taxes douanières sur des dizaines de milliards de dollars de marchandises, chinoises en particulier.

Photo: Derek R. Henkle Agence France-Presse Le président Trump a pris ces derniers mois un virage protectionniste, pour selon lui défendre notamment les fermes américaines.

Les principaux partenaires commerciaux des États-Unis, dont le Canada, la Chine, l’Union européenne et le Mexique, ont répliqué en annonçant des taxes douanières sur des dizaines de milliards de dollars de marchandises américaines.

Le FMI a estimé que le PIB mondial pourrait être réduit de 0,5 % d’ici 2020, soit plus de 400 milliards de dollars.

Si la prévision de croissance pour l’économie de la planète a été maintenue à 3,9 % pour cette année et l’an prochain, « cela pourrait être un sommet », estime Christine Lagarde.

« La croissance a déjà commencé à ralentir dans la zone euro, au Japon et au Royaume-Uni », note-t-elle, soulignant par ailleurs que les effets positifs de la réforme fiscale sur l’économie américaine, adoptée fin 2017, allaient, eux, s’estomper.

Quatre scénarios

« D’une manière générale, les effets négatifs sont plus importants pour l’économie américaine que pour les autres économies », résument les économistes du FMI dans leur « note de surveillance », dans laquelle ils échafaudent quatre scénarios.

Le premier prend en compte les tarifs douaniers américains déjà en oeuvre : 25 % sur les importations d’acier, 10 % sur l’aluminium (depuis mars), 25 % sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises et les représailles contre les marchandises américaines (appliquées en juillet).

Le deuxième scénario ajoute les 10 % de taxes américaines supplémentaires sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises additionnelles envisagées pour septembre.

Le troisième incorpore les 25 % de tarifs douaniers américains sur les importations de voitures et les représailles éventuelles qui pourraient intervenir à la fin de l’été ou à l’automne.

Le dernier scénario intègre en outre d’autres composantes, comme une détérioration de la confiance combinée à une diminution des investissements dans les secteurs manufacturiers, notamment.

L’institution souligne que dans les trois premières hypothèses, les États-Unis pourraient faire face à des représailles de toutes parts alors que les autres économies pourraient réorganiser leurs flux commerciaux en évitant les États-Unis.

Dans le dernier scénario, le plus pessimiste, parmi les économies touchées, le PIB américain pourrait subir des impacts à hauteur de 0,8 % la première année, suivi par ceux de l’Asie émergente (-0,7 %), de l’Amérique latine et du Japon (-0,6 %). La France et le reste du monde pourraient perdre environ 0,3 %.

Dans son blogue, Christine Lagarde pointe enfin un autre problème à l’horizon : celui des répercussions sur les pays émergents. Entre mai et juin, 14 milliards de dollars ont été retirés de ces marchés, engendrant des hausses d’intérêt par les banques centrales.