La formation de nouveaux pilotes est un enjeu majeur

Seulement 5 % des pilotes civils en fonction sont des femmes, selon CAE, qui a décidé d’offrir à partir de l’automne 2018 cinq bourses d’études complètes chaque année destinées à des candidates.
Photo: Marc Le Chelard Agence France-Presse Seulement 5 % des pilotes civils en fonction sont des femmes, selon CAE, qui a décidé d’offrir à partir de l’automne 2018 cinq bourses d’études complètes chaque année destinées à des candidates.

Il faudra peut-être qu’un plus grand nombre de transporteurs aériens s’implique dans la chaîne de développement des futurs pilotes car la demande mondiale est forte, estime un haut dirigeant de CAE, fabricant montréalis de simulateurs de vols et chef de fil en la matière.

Au moment où la croissance de l’industrie aérienne ne montre aucun signe de ralentissement pour les prochaines années, la nécessité de former de nouveaux pilotes est devenue un enjeu majeur, à la fois pour remplacer les pilotes qui prennent leur retraite que pour alimenter la croissance du transport lui-même.

À l’échelle mondiale, il faudrait former 110 000 pilotes d’ici 10 ans pour remplacer ceux qui prennent leur retraite alors que la croissance de l’aviation commerciale en nécessiterait à elle seule 160 000, selon une présentation faite par CAE mardi matin au salon aéronautique de Farnborough, près de Londres. Du côté des avions d’affaires, le besoin total serait d’environ 50 000.

« Je pense que la capacité du système [de formation] est suffisante. Je pense que la question, vraiment, c’est de voir si les transporteurs vont s’impliquer davantage dans les programmes », a dit en entrevue le vice-président aux solutions de formation pour l’aviation civile chez CAE, Nick Leontidis. Les programmes peuvent être relativement dispendieux, et « les gens veulent un emploi à la fin », selon lui.

Flotte en expansion rapide

Selon les dernières perspectives d’Airbus, par exemple, la flotte mondiale d’avions commerciaux devrait littéralement doubler d’ici 20 ans pour s’établir à 48 000 appareils.

Dans un rapport publié l’an dernier, CAE a indiqué que 20 000 nouveaux pilotes se sont joints à l’industrie aérienne mondiale en 2016. De ce nombre, 6500 venaient d’écoles affiliées aux compagnies aériennes [90 % deviennent pilotes de ligne), 3000 de l’armée, de l’aviation d’affaires ou de l’université, et 10 500 des écoles de pilotage indépendantes et plus petites (où moins de 70 % deviennent pilotes de ligne).

« On voit que des transporteurs commencent à être davantage impliqués dès le début », reconnaît M. Leontidis. « Ils font de la promotion, évoquent des carrières potentielles, font des entrevues, etc. Et à la fin, ils embauchent. Donc oui, des transporteurs participent, mais pas tous. Certains transporteurs ne démontrent pas un intérêt aussi actif. Et davantage devront le faire. »

De plus, seulement 5 % des pilotes civils en fonction à l’heure actuelle sont des femmes, selon CAE, qui a décidé d’offrir à partir de l’automne 2018 cinq bourses d’études complètes chaque année.

La formation d’un pilote peut prendre de 18 à 24 mois, dit M. Leontidis. « Alors quand vous en avez besoin, il faut planifier bien à l’avance. Ça entraîne une certaine tension dans le système à l’heure actuelle. »

La période actuelle n’est pas nécessairement sans précédent. Le recrutement intensif a battu son plein dans les années 80 et 90, par exemple, conséquence notamment d’une certaine déréglementation.

Les besoins sont tels qu’un transporteur comme Emirates, par exemple, s’est présenté dans un hôtel de Montréal la semaine dernière pour faire du recrutement auprès des pilotes intéressés. Selon le Journal de Montréal, la compagnie a besoin de 100 à 150 pilotes, un problème l’ayant forcé à réduire ses départs à certaines destinations.