Un début en fanfare, mais des craintes liées au Brexit

Un Boeing 737 Max atterrit après un spectacle aérien, lundi, lors du Salon aéronautique de Farnborough, dans le sud-ouest de Londres.
Photo: Ben Stansall Agence France-Presse Un Boeing 737 Max atterrit après un spectacle aérien, lundi, lors du Salon aéronautique de Farnborough, dans le sud-ouest de Londres.

Le Salon aéronautique de Farnborough s’est ouvert lundi sur les chapeaux de roue avec plusieurs annonces commerciales d’Airbus et de Boeing, qui profitent d’un contexte de forte croissance malgré les inquiétudes liées au Brexit, que Theresa May essaie d’apaiser.

La première ministre britannique est arrivée dans la matinée à ce salon dans le sud-ouest de Londres et a immédiatement assuré que le Royaume-Uni voulait « rester l’un des meilleurs endroits au monde pour les entreprises aéronautiques et l’un des leaders mondiaux de l’innovation » dans ce domaine — sur fond d’inquiétude quant à d’éventuelles barrières au commerce avec l’Union européenne après le Brexit.

Mme May a promis entre autres des financements public-privé de 343 millions de livres pour soutenir la recherche et développement dans ce secteur au Royaume-Uni.

La première ministre a aussi rencontré le patron d’Airbus, Tom Enders, dont l’entreprise contrôle désormais le programme CSeries de Bombardier. M. Enders a mis en garde à plusieurs reprises contre un « Brexit dur » qui pourrait pousser l’avionneur européen à stopper ses investissements au Royaume-Uni, où il fabrique les ailes de ses avions.

Les deux principaux avionneurs mondiaux n’en ont pas moins annoncé plusieurs commandes dès les premières heures du salon. L’américain Boeing d’abord, avec une commande de quatorze 777 en version fret au profit de DHL pour 4,7 milliards de dollars au prix catalogue. Airbus lui a répondu sur le segment long-courrier avec 27 A350 commandés par les compagnies chinoise Sichuan Airlines et taïwanaise Starlux, pour près de 8,8 milliards de dollars.

Les deux géants ont poursuivi sur le segment moyen-courrier, avec la commande de 30 Boeing 737 MAX par le loueur d’avions Jackson Square Aviation (3,5 milliards de dollars), et celle de 50 A320 (5,5 milliards de dollars).

Ces annonces en rafale confirment la bonne santé du marché, qui devrait doubler en volume d’ici 20 ans. « Nous continuons à voir le marché de l’aérospatiale croître très fortement », a déclaré dimanche le p.-d.g. de Boeing, Dennis Muilenburg, à la veille du salon. « Nous avons revu à la hausse nos estimations pour les 20 prochaines années. Nous estimons que le monde aura besoin d’environ 43 000 nouveaux avions commerciaux. »

Airbus, qui a publié ses propres prévisions la semaine dernière, estime le besoin à 37 390 avions et avions-cargos neufs au cours des 20 prochaines années, pour une valeur de 5800 milliards de dollars.

Rivalité

Loin de les affaiblir, la rivalité qui oppose les deux géants a consacré leur omnipotence sur le marché et leur a permis de se renforcer au travers d’alliances avec leurs rivaux plus petits, Bombardier et le brésilien Embraer.

Airbus et Bombardier ont annoncé leur rapprochement spectaculaire en octobre dernier autour du programme CSeries du Canadien, rebaptisé depuis A220. Les deux avionneurs espèrent en vendre « au moins 3000 » exemplaires au cours des 20 ans à venir, ce qui représente 50 % de ce marché.

De son côté, Boeing a annoncé un partenariat grâce auquel il s’empare de la totalité des activités civiles d’Embraer pour 3,8 milliards $US. Cette opération, en vigueur en 2019, lui permettra de concurrencer son rival européen, mais l’américain voit plus loin et mise sur les domaines de la recherche et développement et des services.

Car, par-delà ces rapprochements, les deux géants ont décidé de tirer profit de la croissance dans les services et de la maintenance qui accompagne celle de la flotte d’avions dans le monde, grâce notamment au numérique et aux mégadonnées (big data).

Mais si les perspectives à long terme sont extrêmement favorables, des nuages viennent assombrir le tableau à plus court terme : le Brexit, mais aussi les menaces de guerre commerciale, notamment entre la Chine et les États-Unis. Le patron de Boeing a fait part de sa préoccupation à ce sujet, même si aucun effet ne s’est fait sentir à ce jour, a-t-il indiqué.