Hydro-Québec pourra imposer un tarif dissuasif aux mineurs de cryptomonnaies

Un technicien inspecte les installations d'une ferme à bitcoin, chez Bitfarms à Saint-Hyacinthe, le 19 mars 2018.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse Un technicien inspecte les installations d'une ferme à bitcoin, chez Bitfarms à Saint-Hyacinthe, le 19 mars 2018.

Hydro-Québec peut imposer un tarif dissuasif aux mineurs de cryptomonnaies — comme le bitcoin — et promoteurs de projets de chaînes de blocs jusqu’à ce que le cadre visant à encadrer ce secteur soit déterminé.

Dans une décision de 45 pages rendue vendredi dernier, en fin de journée, la Régie de l’énergie a accepté, à quelques exceptions près, les demandes soumises par la société d’État le mois dernier.

À 15 cents le kilowattheure (kWh), le tarif dissuasif provisoire est deux fois plus élevé que le prix payé par les clients résidentiels d'Hydro-Québec. Il s’appliquerait dans l’éventualité où un promoteur serait en mesure de se raccorder au réseau de la société d’État alors qu’un blocus temporaire est en vigueur sur les nouvelles demandes.

« La Régie juge que les tarifs et conditions […] permettront d’assurer la sécurité des approvisionnements en électricité dans le contexte particulier de demandes massives, soudaines, inattendues et simultanées relatives à l’utilisation de la technologie des chaînes de blocs, y compris du minage de cryptomonnaies », est-il écrit.

Un petit lexique pour s’y retrouver

Chaîne de blocs : C’est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée et décentralisée. Elle constitue une base de données qui contient l’historique des échanges effectués entre ses différents utilisateurs.

Cryptomonnaie : Il s’agit d’une monnaie virtuelle sans lien avec une politique monétaire ou une banque. Elle s’échange de manière électronique directement d’un appareil à l’autre, sans l’intervention d’un tiers.

Les audiences sur le fond, visant à encadrer cette industrie qui semble avoir un appétit apparemment insatiable pour de l’énergie, devraient débuter en août.

Prise de court, Hydro-Québec dit qu’environ 300 requêtes lui ont été acheminées, ce qui représente une demande d’environ 18 000 MW, soit plus de 40 % de sa capacité de production. Environ la moitié des propositions seraient jugées sérieuses.

Toutefois, en ce qui a trait aux neuf réseaux municipaux de la province, la Régie estime que les ententes conclues avant le 6 juin dernier avec des villes et des promoteurs pourront aller de l’avant. Ces derniers vont pouvoir profiter du tarif préférentiel LG jusqu’à ce qu’une décision définitive soit prise.

Un porte-parole d’Hydro-Québec, Jonathan Côté, n’était pas en mesure de préciser lundi le nombre de projets concernés, mais il a expliqué, au cours d’un entretien téléphonique, que cela représentait « plus de 100 à 150 MW ».

Jusqu’à présent, les entreprises qui se sont établies dans la province pourront utiliser jusqu’à 150 MW et Québec prévoit accorder un bloc additionnel de 500 MW pour les nouveaux joueurs.

Selon la Régie, l’application du tarif dissuasif temporaire et la création d’une catégorie de consommateurs « d’électricité pour un usage cryptographique appliqué aux chaînes de blocs » pour les nouveaux branchements permettront à Hydro-Québec de contrôler les demandes formulées.

« [La décision] permettra également au distributeur d’éviter de lancer des appels d’offres pour d’importantes quantités de puissance et d’énergie qui pourraient s’avérer inutiles et coûteuses pour l’ensemble de sa clientèle », fait-elle valoir.

Le tarif dissuasif de 15 cents le KW ne s’appliquera pas aux promoteurs ayant déjà des ententes en poche avec la société d’État et exploitant des installations.