Première hausse du taux directeur en six mois

La décision de la banque centrale de hausser les taux était largement attendue.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne La décision de la banque centrale de hausser les taux était largement attendue.

Le climat d’incertitude causé par les politiques protectionnistes du gouvernement Trump n’aura pas empêché la Banque du Canada d’augmenter son taux directeur à 1,5 % mercredi. Une hausse de 0,25 point de pourcentage pour la première fois en six mois, et pour une quatrième fois en un an.

La Banque Royale a été la première à réagir en faisant passer son taux préférentiel de 3,45 à 3,70 %. Les autres institutions financières ont suivi.

La robustesse de l’économie canadienne devrait atténuer l’impact négatif des tarifs imposés par les États-Unis le 1er juin sur les importations d’acier et d’aluminium du Canada, selon les prévisions de la banque centrale.

Reste que ces mesures couplées à l’incertitude entourant la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain pourraient retrancher près de 0,7 % du PIB d’ici la fin de 2020, ce qui représente environ 13 milliards.

Une autre grande inconnue continue de planer sur ses prévisions, soit la menace du gouvernement Trump d’imposer des tarifs sur l’industrie automobile canadienne. Les chaînes de production canadiennes et américaines étant intégrées depuis plus de cinquante ans, ce serait un changement structurel majeur contre lequel la Banque du Canada aurait bien peu d’outils, a-t-elle ajouté.

Malgré cette incertitude, la Banque du Canada s’attend à ce que le PIB augmente en moyenne de 2 % de 2018 à 2020. L’inflation devrait s’établir entre 2,2 et 2,5 % au cours des prochains mois, puis redescendre vers sa cible de 2 % en 2019, calcule la banque.

« La décision de la banque centrale de hausser les taux était largement attendue. L’économie tourne à plein régime, les tensions inflationnistes montent et les taux réels restent négatifs, autant d’éléments qui justifient un resserrement de la politique monétaire », commentent les économistes de la Banque Nationale. À cet égard, une hausse des taux en octobre est possible si les prévisions de croissance de la banque centrale se matérialisent. « Cela dit, la Banque du Canada a mis en garde contre une hausse du protectionnisme commercial qui a augmenté les risques d’un ralentissement de l’économie. » Et « des tarifs douaniers sur l’automobile par exemple […] auraient des effets économiques dévastateurs sans ambiguïté s’ils étaient adoptés ».

Au Mouvement Desjardins, on retient également que les tensions commerciales grandissantes et les risques qui y sont associés ont manifestement pris de l’importance. « Les dirigeants de la Banque du Canada continueront à augmenter les taux directeurs canadiens. La seule question demeure le rythme de ce relèvement. » Si une autre hausse de taux est possible cet automne, « les risques accrus associés aux tensions commerciales s’ajoutant à ceux liés à l’endettement des ménages et au marché immobilier […] pourraient bien faire patienter la Banque du Canada jusqu’en janvier 2019 ».