La Fed s’inquiète de la politique commerciale de Trump

Le président américain, Donald Trump, photographié à la Maison-Blanche jeudi, à Washington
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le président américain, Donald Trump, photographié à la Maison-Blanche jeudi, à Washington

À l’aube du déclenchement, vendredi, d’un affrontement commercial entre les États-Unis et la Chine, la Réserve fédérale américaine a dit craindre l’impact de ces tensions sur l’économie américaine. La banque centrale réitère sa lecture d’une économie solide au sud de la frontière, mais le mot « récession » est apparu dans le procès-verbal de sa dernière réunion.

Ces tensions commerciales doivent monter d’un autre cran vendredi, jour de l’entrée en vigueur des taxes douanières sur des importations chinoises, avec représailles de Pékin. Des tarifs douaniers de 25 % doivent s’appliquer sur 34 milliards de dollars d’importations chinoises, touchant 818 produits dont des voitures, des composants d’avions ou des disques durs d’ordinateurs. La Chine doit répliquer avec des droits de douane équivalents, touchant les produits agricoles américains, le secteur automobile ou encore des produits de la mer.

De part et d’autre, les importations ciblées doivent atteindre les 50 milliards. Mais Donald Trump a demandé à son équipe de déterminer 200 milliards de dollars de biens chinois additionnels susceptibles d’être frappés d’une taxe de 10 %. Et il menace d’ajouter à la liste 200 milliards de plus si la Chine riposte.

La Réserve fédérale (Fed) s’est dite inquiète de cette rhétorique empruntant à une guerre commerciale. Dans le procès-verbal de la réunion de son Comité de politique monétaire, tenue les 12 et 13 juin, elle rappelle les indications d’entreprises américaines déclarant ressentir l’impact de la politique commerciale sous la forme d’une hausse des prix et d’une réduction ou d’un report des projets de dépenses d’investissement.

Le rapport du Comité qualifie de solide l’activité économique américaine. Les membres ont réitéré leur confiance dans l’actuel mouvement de resserrement progressif des conditions monétaires, en estimant que l’inflation devrait demeurer autour de sa cible, retrouvée, de 2 %. Cela dit, on peut lire que la plupart des membres du Comité « ont observé que l’incertitude et les risques associés à la politique commerciale s’étaient accrus et ils se sont dits préoccupés par le fait qu’une telle incertitude et de tels risques [peuvent] avoir à terme des effets négatifs », retrouve-t-on dans un texte de l’agence Reuters.

L’économiste James Marple, de la Banque TD, a également noté que le principal changement dans la vision des participants par rapport aux procès-verbaux des réunions précédentes est l’expression d’une certaine préoccupation relativement aux conséquences de la politique commerciale américaine, notamment son impact sur les intentions d’investissement.

D’un point de vue plus technique, ils se sont aussi demandé si l’actuel aplatissement de la courbe de rendement, avec peu d’écart entre les taux de court et de long terme, pouvait être annonciateur d’une récession en gestation. L’institution suivra de près cet indicateur tout comme celui, possiblement plus fiable, de l’écart entre le taux cible de la banque centrale et celui à long terme sur les contrats boursiers à terme.

Pour James Marple, si les perspectives économiques sont un peu plus assombries par l’incertitude, cela ne devrait pas induire un changement de ton de la part de la Fed pour l’instant. L’économiste mise toujours sur le gradualisme en matière de hausse des taux directeurs, soit l’équivalent d’une progression de 25 points de base par trimestre au moins au cours de la prochaine année.